Jambes de bois

Le 05 décembre 2019, par Claire Papon

L’estampille de Jean-Baptiste I Tilliard est sans conteste un gage de qualité. Membre d’une grande famille de menuisiers, il est parmi les plus importants artisans en sièges parisiens du milieu du XVIIIe siècle.

Mobilier de salon en hêtre mouluré et sculpté composé d’un canapé et de six fauteuils, époque Louis XV, garniture de tapisserie sur le thème des Fables de La Fontaine, 98 69 70 cm (fauteuils), 109 180 96 cm (canapé).
Estimation : 10 000/15 000 

Il signait ses œuvres de son seul nom, sans les initiales de son prénom, une estampille que conservera d’ailleurs son fils, Jean-Baptiste II. Notre menuisier se singularise aussi par un cartouche en forme de cœur, au centre de la ceinture et au sommet des sièges, ainsi que par une sorte d’éventail plissé en haut des pieds. Des «marques» que l’on trouve sur notre mobilier garni de tapisseries au thème des Fables de La Fontaine. Ce salon témoigne de la vogue au milieu du siècle des Lumières pour les sièges : fauteuils, bergères, canapés, lits de repos, chaises longues… sont révélateurs d’une époque où la conversation, en famille ou entre amis, est chose importante. Les belles manières nécessitent un mobilier à la mesure, à condition d’en avoir les moyens. Souvent peint ou doré, le siège, à Paris en hêtre la plupart du temps, s’accorde aux boiseries de tonalités vives. Rares toutefois sont ceux qui ont conservé leur polychromie. Plus légers, plus faciles à manier, plus élégants tout en restant aussi confortables que leurs ancêtres Régence, les sièges à dossier plat, dits «à la reine», présentent vers 1750 des lignes fluides, des formes amples, une sculpture se résumant à quelques fleurettes et des moulures, et apportent plus de confort que les modèles en cabriolet. Le canapé se multiplie sous le règne de Louis XV ; assorti aux fauteuils, il devient le complément habituel des meubles de salon, le modèle de petites dimensions, comme le nôtre, demeurant plus prisé. Menuisier ordinaire du Garde-Meuble de la Couronne dès les années 1730, Jean-Baptiste I Tilliard fournit des sièges pour le roi et la reine, mais aussi pour le prince de Soubise, la marquise de Pompadour, divers membres de l’aristocratie, le fermier-général Fontaine de Cramayel et des marchands-merciers. En 1764, il se retire des affaires au profit de son fils. Il a alors 78 ans. Un âge plus que raisonnable pour prendre sa retraite…

Agenda
Côté cimaises, on disputera à 30 000/40 000 € un panneau sur le thème de La Nativité de l'école de Gand vers 1500, d'un suiveur d'Hugo Van der Goes, entre 1 000 et 3 000 € les pastels et les toiles d'Antonio de La Gandara (1861-1917) dont un petit ensemble ponctue le début d'après-midi. Semaine des arts asiatiques oblige, le meilleur résultat pourrait aller à une boîte ronde en laque rouge à décor de fleurs et feuillages, travail chinois du début du XVe, collecté par un militaire français en septembre 1861 depuis Canton parmi six caisses d'objets chinois et indochinois. Une boîte légèrement plus grande et de marque Xuand appartient aux collections du musée du Palais national de Taiwan. La nôtre est estimée 150 000/200 000 €. Le numéro suivant, 58, devrait intéresser également les collectionneurs de l'empire du Milieu et est doté de la même provenance : c'est une paire de vases double gourde, d'époque Qianlong, en laque rouge et noir à décor de caractères et objets bouddhiques, le centre du vase retenu par un ruban en laque noire noué sur le côté, pour laquelle 20 000/30 000 € sont avancés. On poursuit avec de la sculpture Haute Époque, avec des objets d'art et du mobilier dont un salon Louis XV signé Tilliard (10 000/15 000 €).
lundi 09 décembre 2019 - 14:00 - Live
Salle 16 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Oger - Blanchet , Jean-Jacques Mathias
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