Steinlen, un artiste engagé

Le 12 mars 2020, par Sophie Reyssat

Dans ses œuvres, Steinlen témoigne des bouleversements sociaux du tournant du XXe siècle.

Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), Les Terrassiers revenant de leur travail, huile sur toile, signée et datée 1903, 93 73 cm, avec cadre : 115 97 cm.
Estimation : 8 000/10 000 

Le critique d’art Jean Cassou a dit de Théophile Alexandre Steinlen : «Ce type d’artiste est requis par l’actualité, il vibre à l’événement et le crayon lui est une arme.» La peinture également, comme le prouve cette huile montrant le quotidien des foules laborieuses. Malgré leur air fourbu et leurs regards vides, Les Terrassiers revenant de leur travail ont presque l’air menaçant, avec leurs pioches dressées vers un ciel rougeoyant, vicié par les vapeurs des cheminées d’usines. Marqué dès sa jeunesse par les ouvrages de Zola, touché par les récits réalistes d’Aristide Bruant, qu’il a rencontré au Chat Noir, confronté à la pauvreté de la butte Montmartre, Steinlen est sensible aux revendications sociales de la fin du XIXe siècle. Il se rapproche ainsi des sympathisants socialistes et des milieux anarchistes, dont il illustre les publications. Entre témoignage, dénonciation et revendication, ses œuvres lui valent d’être inquiété, au point qu’il préfère partir à l’étranger quelque temps pour échapper aux menaces d’arrestations pesant sur les activistes de gauche, en 1894. Il reste cependant fidèle à ses idées, dont témoignent ses tableaux. La même année que cette toile, il peint ainsi Les Mineurs, une œuvre conservée au musée du Petit Palais - Genève, Modern Art Foundation. La Rentrée des ouvrières, immortalisée vers 1905, est quant à elle visible au musée d’art et d’histoire de Saint-Denis.

Agenda

Le 15 mars, la douceur de deux penseuses peintes en pendant par Henri Jean Saint-Ange Chasselat, l’une environnée de roses, l’autre accompagnée d’une chèvre et d’un oiseau (environ 2 500 € chacun), s’opposera à la rudesse des Terrassiers revenant de leur travail, immortalisés par Théophile Alexandre Steinlen (8 000/10 000 €). L’éclectisme du XIXe siècle, thématique du jour, sera également évoqué par la variété des paysages, de la minutie employée par Antoine Chintreuil pour représenter le cadre champêtre servant de décor à une ferme (3 000/3 500 €), à l’onirisme avec lequel Jean-Jacques Henner met en scène un nu de dos dans un large paysage (autour de 9 000 €). Une huile sur bois de Jean-Ferdinand Chaigneau attirera l’attention : cet habitué des campagnes peuplées de moutons peint ici des Pêcheurs en bord de mer (1 200/1 400 €).

dimanche 15 mars 2020 - 14:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat