Eugène Delacroix, croyant exalté

Le 09 juin 2021, par Caroline Legrand

Profondément attaché à la religion, Eugène Delacroix a peint de nombreux sujets bibliques. En témoigne cette Mise au tombeau sombre et expressive.

Eugène Delacroix (1798-1863), Mise au tombeau, vers 1853, huile sur papier marouflé sur toile, signée, 30 39 cm.
Estimation : 20 000/40 000 €, 
Adjugé : 85 554 €

Le grand public le connaît au travers de ses grandes compositions orientalistes et bien sûr de sa Liberté guidant le peuple. Mais Delacroix fut également un important peintre religieux. De nombreuses églises abritent encore ses œuvres, comme Saint-Sulpice à Paris, tandis que nombre de celles destinées aux particuliers sont conservées dans des musées. C’est le cas de La Lamentation sur le corps du Christ, que l’on peut voir au Museum of Fine Arts de Boston. Peinte vers 1847-1848, elle avait été commanditée par le comte de Geloës. En visite chez ce dernier à la fin de l’année 1853, Delacroix y redécouvre son travail et, selon le spécialiste du peintre Patrick Noon, en est tant satisfait qu’il ne peut s’empêcher d’en faire une réplique. L’artiste a l’habitude de décliner plusieurs fois le même thème – en témoigne la Pieta, qu’il peint tout d’abord pour l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement avant d’en réaliser, sur la demande des marchands, plusieurs variantes de plus petit format —, mais sans jamais reproduire exactement la même composition… Ainsi notre œuvre se distingue-t-elle à son tour car, « peinte comme une aquarelle, tout en transparence et légèreté, elle comporte de nombreux éléments caractéristiques du style tardif de l’artiste » précise l’expert Hubert Duchemin. Les couleurs rompues, « sales », en font notamment partie, de même que les ombres chaudes et l’abondance des noirs et des blancs. Le peintre opte également pour une composition plus resserrée, intimiste, offrant par ailleurs une plus grande place à la figure de la Vierge, qui recouvre le corps de son fils et exprime avec force sa douleur. « Delacroix, seul, sait faire de la religion » déclarait Baudelaire en 1846. Oui, il sait en effet mieux que nul autre en son temps imprimer toute sa foi, son exaltation et son angoisse métaphysique dans ses peintures aux couleurs tragiques et aux personnages si crédibles. La critique de l’époque fut même choquée par ses figures, trop réalistes, trop vivantes, trop sensuelles…

Agenda
Le maître français de la couleur, Eugène Delacroix, rencontrera au programme le peintre moderne turc Fikret Moualla. Le premier proposera contre 20 000/40 000 € une dramatique scène de Mise au tombeau (voir Gazette n° 23, page 178), tandis que le second livrera deux aquarelles de 1954, Les Femmes au cabas et Les Vapeurs d'alcool, chacune à 4 000/6 000 €. Une estimation concernant également une toile signée Bouvard, Mosquée, ville portuaire, de même qu'une pendule borne Empire en bronze ciselé et doré signée du bronzier Ravrio, à décor d'un buste d'Homère et de la figure de Virgile lisant l'Énéide
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