Un chef-d’œuvre inédit de Carl Moll

Le 18 février 2021, par Agathe Albi-Gervy

Longtemps perdue de vue, cette redécouverte de l’artiste de la Sécession viennoise appartient à la même collection privée depuis plus d’un siècle, sans doute dès 1908. Elle représente l’influente critique d’art autrichienne Berta Zuckerkandl-Szeps, dans son intérieur décoré par Josef Hoffmann.

Carl Moll (1861-1945), Weißes Interieur (Intérieur blanc), 1905, huile sur toile, 99,7 99,7 cm.
Estimation : 300 000/500 000 $

Inédite sur le marché, cette peinture récemment redécouverte était jusqu’alors uniquement documentée par une photographie en noir et blanc prise durant son accrochage au Kunstschau de Vienne en 1908, aux côtés de l’iconique Baiser de Gustav Klimt (musée du Belvédère). Possiblement acquise dès la fin de l’exposition, elle demeure dans la même collection privée francfortoise, relocalisée en Californie dans les années 1970. Désormais intégrée au catalogue raisonné de Carl Moll, écrit sous la direction de Cornelia Cabuk, elle pourrait devenir, le 23 février, l’œuvre la plus chère du peintre jamais vendue aux enchères – l’actuel record étant établi depuis 2007 par Dorotheum, à 260 300 €. De notoriété discrète en dehors de son Autriche natale, Carl Moll a pourtant cofondé la Sécession viennoise avec son proche ami Gustav Klimt. Ici, le format carré, contribuant à l’immédiateté de la scène, la lumière vibrante englobant la pièce dans une atmosphère méditative, ou encore la couleur blanche, déclinée dans de précieuses nuances, constituent autant d’éléments qui font de cette scène intime un chef-d’œuvre symboliste. Enveloppée dans cette atmosphère ivoirine, une mystérieuse femme de dos est affairée à agencer des tulipes dans un vase. Il s’agit de Berta Zuckerkandl, l’une des figures les plus influentes de Vienne au tournant du siècle, désignée par Karl Kraus comme « la marionnettiste de la scène culturelle viennoise ». Mémorialiste, critique d’art et journaliste réputée, elle prenait volontiers sa plume acérée pour défendre les avant-gardes des controverses et de la censure. Son salon était le rendez-vous hebdomadaire des plus grands intellectuels autrichiens. Elle les recevait dans son appartement situé sur Nusswaldgasse, la rue principale du quartier viennois de Döbling. Celui-là même que Carl Moll immortalise dans ses moindres détails, mettant en valeur la collection d’arts asiatiques et de porcelaines de Berta Zuckerkandl, ainsi que la décoration intérieure signée Josef Hoffmann, constituant alors le paroxysme de la modernité.

Agenda
Un tableau exceptionnel constitue le fleuron de ce catalogue : signé du cofondateur de la Sécession viennoise, Carl Moll, il immortalise l'intérieur d'un appartement du centre de Vienne entièrement décoré par Josef Hoffmann pour l'influente critique d'art, collectionneuse et tenancière de salon, Berta Zuckerkandl – ici représentée de dos. Cette toile, récemment redécouverte et inédite sur le marché, a toujours appartenu à la même famille (300 000/500 000 $). Parmi les autres lots phares figurent une marine nocturne du Tchèque Jakob Schikaneder (100 000/150 000 $), un bouquet de roses inédit de Renoir dont le Virginia Museum of Fine Arts va tenter de se séparer (60 000/100 000 $), ou encore une étude préparatoire au crayon de Gustav Klimt pour le portrait de Margaret Stonborough-Wittgenstein (50 000/80 000 $).
lundi 22 février 2021 - 05:00
Philadelphie - 2400, Market Street - 19103
Freeman's
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne