La duchesse d’Uzès, une pionnière

Le 11 novembre 2020, par Caroline Legrand

Provenant directement des collections du duché d’Uzès, cette toile signée Jean-Léon Gérôme représente au XIXe siècle la duchesse en pleine chasse à courre.

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), La Duchesse d’Uzès suivant une chasse à courre, huile sur toile signée, 25 31,5 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

La duchesse d’Uzès, qui n’était certes pas une femme comme les autres, marqua son époque de sa forte personnalité, mais aussi de son talent artistique. Anne de Rochechouart de Mortemart (1847-1933), l’arrière-petite-fille de la propriétaire de la célèbre maison champenoise Veuve Clicquot, est devenue duchesse d’Uzès par son mariage, le 10 mai 1867, avec Emmanuel de Crussol d’Uzès (1840-1878) ; précocement veuve, elle s’occupera seule de leurs quatre enfants. Cette grande femme – féministe avant l’heure – se passionnait pour de nombreux domaines, comme celui de l’automobile. Première citoyenne de France à obtenir le permis de conduire, en 1897, la future présidente de l’Automobile Club féminin français fut aussi la première à récolter une amende pour excès de vitesse… à 40 km/h. La duchesse d’Uzès organisa également une expédition en Afrique et s’engagea en politique aux côtés du général Boulanger, espérant qu’il l’aiderait à rétablir Philippe d’Orléans sur le trône. Comme en témoigne cette toile, elle fut également une férue de chasse, et encore la première femme lieutenant de louveterie ; elle était maître d’équipage à Bonnelles, où elle possédait un château dans la forêt de Rambouillet. C’est peut-être lors de l’un des « rallyes de Bonnelles », une chasse à courre créée par son mari, que le peintre Jean-Léon Gérôme – dont une œuvre similaire est parue dans le numéro du 1er février 1902 du mensuel Les Modes – la représente dans ce tableau. Il faut dire que la cavalière et l’artiste sont proches : n’est-il pas son « maître », comme elle l’écrit dans ses Mémoires ? Car la duchesse a délaissé en 1890 la politique pour se tourner vers une autre passion : la sculpture. Signant ses œuvres « Manuela », elle a obtenu plusieurs commandes de statues religieuses pour des églises, qu’elle réalisait dans son atelier du quartier des Ternes, à Paris. Cette femme de tête n’hésitait néanmoins pas à prendre conseil auprès de ses contemporains Alexandre Falguière, Antonin Mercié, Auguste Caïn, et bien sûr auprès de Jean-Léon Gérôme. Ce dernier, peintre et sculpteur versé dans l’orientalisme, le style néo-grec mais aussi la peinture d’histoire, vit sans aucun doute en la noble dame un modèle incontournable.

Agenda
Cette vente verra la dispersion d'œuvres ayant figuré dans la collection du duché d'Uzès. Parmi les pièces de cette provenance se distingueront plusieurs tableaux anciens dont un Banquet des chevaliers du Saint-Esprit, présidé par Henri III d'un artiste de l'école de Fontainebleau du XVIIe, anciennement attribué à Frans Pourbus (40 000/50 000 €), et un Portrait de Monsieur décoré du Saint-Esprit d'un peintre de l'école française du même siècle (2 500/3 000 €). Du XIXe, une huile sur toile de Jean-Léon Gérôme représentant La Duchesse d'Uzès suivant une chasse à courre sera le point d'orgue de cette session (120 000/150 000 €. Voir Gazette n°40 page 99). On remarquera encore deux rafraîchissoirs individuels à verres en porcelaine dure de Sèvres du XVIIIe, à rehauts dorés, provenant anciennement quant à eux du service de Marie-Antoinette (20 000/25 000 €). Du reste de ce programme, citons une peinture de Félix Ziem nous emmenant à une Fête napolitaine (8 000/12 000 €), un Portrait de prostituée du fauve provençal Auguste Chabaud (30 000/35 000 €) ou encore un bronze de Rembrandt Bugatti, Le Petit Faon Axis, fondu à la cire perdue par Hébrard (38 000/42 000 €). 
samedi 21 novembre 2020 - 14:30
Uzès - Château de Sanilhac, place du Château à Sanilhac-Sagriès - 30700
Etude de Provence
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