Vernet et les amateurs anglais

Le 09 mai 2019, par Agathe Albi-Gervy

Cette scène de pêche de Claude Joseph Vernet, qui s’apprête à quitter la collection italienne qu’elle avait intégrée en 1966, bénéficie d’une provenance prestigieuse presque entièrement retracée.

Claude Joseph Vernet (1714-1789), Paysage côtier dans l’après-midi  d’une série de quatre moments de la journée, vers 1745, huile sur toile, 96 128 cm.
Estimation : 150 000/200 000 
Dans son fameux Livre de raison, Claude Joseph Vernet a consigné, en 1745, la commande de quatre peintures à destination d’un «Anglois» – deux vues de port et deux paysages de campagne – , représentées chacune à un moment différent de la journée. Cette scène-ci prend place en fin d’après-midi, sous un ciel orangé. Ce type de production, mêlant sujets plaisants, lumière plus vraie que nature et coloris chaleureux, a fondé le succès de Vernet, parvenu jusqu’à attirer l’attention de Louis XV lui-même, lequel commanda au peintre la célèbre série des «Ports de France». Sa réputation s’étend au-delà des frontières : l’atelier du peintre français, installé à Rome depuis 1734 et marié à une Anglaise nommée Virginia Parker, constituait une escale obligatoire pour tout gentleman effectuant son Grand Tour. À partir de 1745, Vernet exécute plus de quatre-vingts compositions à Rome, à la demande de collectionneurs anglais – certains payant jusqu’à deux, quatre ou six tableaux à la fois. Si l’identité du commanditaire de la série des quatre toiles demeure inconnue, on sait qu’elle a été vendue, en 1835, par le marchand londonien Josiah Taylor, à John Rushout, 2nd baron de Northwick (1769-1859). Ce grand amateur achète, en 1838, le domaine de Thirlestaine à Cheltenham pour y abriter sa collection de plus de mille cinq cents œuvres. Ouverte chaque après-midi au public, elle abritait les noms de Léonard, Raphaël, Dürer, Titien et Caravage. À sa mort, ses héritiers se sont séparés de la maison et de ses biens, dans une vente aux enchères qui a duré vingt-deux jours. Par la suite, les quatre Vernet ont intégré la collection de la famille Sawbridge-Erle-Drax, dont la vente, en 1910, a scellé la dispersion de l’ensemble. Notre scène de pêche a été acquise par la galerie Brunner à Paris, avant de transiter, plus tard, par Agnews à Londres puis par Acquavella à New York, laquelle l’a cédée en 1966 à l’actuel propriétaire italien.

 
Un mortier attribué à l’atelier Hachmann Le 17 mai, Lempertz consacrera un catalogue entier à la collection Schwarzach, uniquement constituée d’une ce
Un mortier attribué à l’atelier Hachmann
Le 17 mai, Lempertz consacrera un catalogue entier à la collection Schwarzach, uniquement constituée d’une centaine de mortiers anciens. Trois d’entre eux sont estimés entre 20 000 et 30 000 € dont celui-ci, qui doit une partie de sa valeur au prestige de son auteur supposé : Albert Hachmann. Cet artisan, actif à Clèves au milieu du XVIe siècle, est membre d’une dynastie devenue célèbre pour ses mortiers parmi les plus exceptionnels. En bronze doré à patine brunâtre, il date de 1547. Ses 15 cm de haut pèsent près de 5 kg, tandis que ses anses sont maintenues dans les becs de griffons.
Un suiveur de Palissy Rares sont les créations s’inscrivant dans le goût de Bernard Palissy (vers 1510-1589 ou 1590) à passer sous le marteau. Du haut
Un suiveur de Palissy
Rares sont les créations s’inscrivant dans le goût de Bernard Palissy (vers 1510-1589 ou 1590) à passer sous le marteau. Du haut de ses 49 cm, le corps en faïence de cet imposant pichet du début du XVIIe siècle, attribué à l’un des suiveurs de l’artisan français, est orné d’un faune assis sous le goulot, tandis qu’une figure féminine tenant un enfant épouse les courbes de l’anse. L’ensemble est entièrement recouvert de vrilles feuillues et de fruits, entourant sept signes astrologiques de forme anthropomorphe. Il a été présenté en marge de l’Exposition universelle de 1900. Il est estimé, le 17 mai, entre 40 000 et 60 000 €.

Roentgen en transition Ce bureau plat, sorti de l’atelier de David Roentgen (1743-1807) vers 1780, en placage d’acajou sur âme de chêne, repose sur de
Roentgen en transition
Ce bureau plat, sorti de l’atelier de David Roentgen (1743-1807) vers 1780, en placage d’acajou sur âme de chêne, repose sur des roulettes. Le 17 mai, il est attendu entre 50 000 et 80 000 €. Aujourd’hui, dans une collection privée allemande, il aurait appartenu, selon le précédent propriétaire, aux comtes de Solms-Rödelheim-Assenheim. Nous sommes à la fin de sa période de production, le rococo a fait place au classicisme, que Roentgen a rejoint particulièrement tôt pour s’adapter à la nouvelle demande. Le plateau de marbre est délaissé au profit du placage de bois.
Amour fusionnel Moses Van Uyttenbroeck (1600-1646) savait que cette composition faussement paisible, serait comprise de son entourage, celui des amate
Amour fusionnel
Moses Van Uyttenbroeck (1600-1646) savait que cette composition faussement paisible, serait comprise de son entourage, celui des amateurs d’art de La Haye. Ils étaient particulièrement friands des sujets tirés des Métamorphoses d’Ovide, le seul ouvrage évoquant cet épisode de la mythologie grecque où la naïade Salmacis tombe éperdument amoureuse du demi-dieu Hermaphrodite, en train de se baigner. Repoussée par lui, elle implore les dieux de les unir à jamais : ainsi ne formeront-ils plus qu’un seul être, à la fois homme et femme. Pour cette œuvre où le spectateur prend la place de Salmacis pour devenir un voyeur, Lempertz demandera, le 18 mai, entre 80 000 et 100 000 €.
samedi 18 mai 2019 - 11:00, 14:00
Cologne - Neumarkt, 3 - D-50667
Lempertz
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