Camille Pissarro, poème de la banalité quotidienne

Le 18 mars 2021, par Claire Papon

C’est d’une collection suisse que vient cette figure de femme étendant du linge peinte par Camille Pissarro, étude pour son tableau du même titre, conservé au musée d’Orsay.

Camille Pissarro (1830-1903),  Femme étendant du linge, Éragny, huile sur toile, vers 1887, 73,3 59,7 cm.
Estimation : 500 000/800 000 €

«C’est étonnant comme tout se tient, les premières choses, la série de Pontoise, les divisions systématiques et les choses récentes, quand on les voit ensemble forment un tout et ne semblent pas avoir l’écart que je me figurais qu’elles avaient […] sous quelqu’influence que tes choses soient faites, elles conservent toujours cette recherche des valeurs rapprochées qui forment au fond la grande caractéristique de ton œuvre…», écrit Lucien Pissarro à son père en 1903. Du 16 mars au 9 juillet 2017, le musée du Luxembourg à Paris consacrait une exposition aux dernières années de ce pilier de l’impressionnisme. Son titre ? «Camille Pissarro, Éragny, la nature retrouvée». Après de nombreuses années marquées par de constants déplacements, le peintre se fixe à Éragny-sur-Epte, dans le Vexin français, à une heure de trajet de la capitale, où il restera jusqu’à sa mort. Dans ce village près de Gisors, il exécute près de 400 œuvres, dont celles de sa période divisionniste. Et même s’il alterne encore les voyages entre cette belle maison achetée «1 000 F avec jardin et pré» et le monde bruyant et débordant d’activité à Rouen, Dieppe, Le Havre, Paris et à plusieurs reprises Londres, il ne se lasse pas de représenter les pommiers chargés de fleurs, les prairies superbes de verdure, les gelées blanches, le potager dont s’occupe Julie, son épouse, le clocher du village vu de son atelier, les fermes alentours. Mais aussi les travaux des champs et les tâches simples et quotidiennes. Une diversité dans l’unité des motifs. Avec sa touche libre et divisée qui laisse passer le vent et donne de la légèreté, notre composition séduit par sa spontanéité, sa sincérité. Pissarro regarde ce qui se donne à voir dans sa plus parfaite simplicité. Chez ce féru d’idéologie anarchiste, pas d’illustration d’une quelconque thèse ou d’un principe moral. «L’art est l’expression de la pensée, mais aussi de la sensation, surtout de la sensation», rappelait-il.

Agenda
C'est un curieux podium qui pourrait se tenir ici… La plus haute marche du podium est espérée pour une toile de Camille Pissarro exécutée à Éragny vers 1887, Femme étendant du linge (500 000/800 000 €), la deuxième pour une peinture à l'eau de Lucio Fontana de sa célèbre série des Concetti spaziale, Attese 65-66 T5 de 1965 (600 000/700 000 €), la dernière  pour une toile de Bernard Buffet de 1991, Fleurs et fruits (190 000/220 000 €). Elles sont accompagnées notamment de la vue d'un Port du Sud avec l'arche de Titus, 1780 de Lacroix de Marseille (170 000/200 000 €), de celle de Caudebec-en-Caux, bateaux sur la Seine, 1889 d'Eugène Boudin (190 000/200 000 €) et d'une Scène d'estuaire sous un ciel chargé de nuages (1655) de Jan Van Goyen (140 000/160 000 €). Se cotoieront enfin un Christ au mont des Oliviers de l'école alsacienne vers 1490 (peinture sur bois transposée sur toile, 120 000/150 000 €), une résine peinte de Niki de Saint Phalle, Le Grand Chameau (1/3, 100 000/150 000 €) et un paysage hivernal de Maurice Utrillo des années 1945, Le Moulin de Sannois sous la neige (120 000/140 000 €).
samedi 27 mars 2021 - 03:00 - Live
Salle 9 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Kohn Marc-Arthur
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