André Lhote : une mêlée de formes et de couleurs

Le 21 janvier 2021, par Caroline Legrand

En plein essor au début du XXe siècle, le sport devient le sujet idéal des avant-gardes picturales. Le cubiste André Lhote donna quant à lui sa préférence à l’ovalie !

André Lhote (1885-1962), Les Footballeurs (rugby), 1916, huile sur toile signée, porte au dos l’indication « Lhote, footballeurs, 300 », 64 80 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Le titre peut paraître trompeur, mais c’est effectivement de rugby dont il s’agit dans cette toile peinte en 1916 par André Lhote. Le ballon est bel et bien ovale et les corps des joueurs s’enchevêtrent comme c’est souvent le cas dans ce sport et beaucoup moins dans le football. Par ailleurs, si le titre au dos du tableau indique Footballeurs, l’on sait qu’au début du XXe siècle, le rugby, qui se diffuse peu à peu en France, est encore nommé « football à main » ou « football-rugby ». Enfin, les maillots des joueurs sont très bigarrés, car à cette époque les membres d’une même équipe ne portaient pas tous le même, d’où parfois leurs surnoms d’« Arlequins ». Venu de Grande-Bretagne, le rugby est né comme bien d’autres sports à l’époque victorienne. Il apparaît en France à la fin du XIXe siècle, tout d’abord importé par des résidents anglais, puis, dans la région parisienne, dans le milieu scolaire. Via les ports de commerce et les universités, cette pratique sportive s’étend en premier lieu dans la région Aquitaine, et jusqu’à Toulouse. C’est ainsi que le peintre bordelais André Lhote, âgé alors de 27 ans, commence en 1912 une série sur l’ovalie. Il vient tout juste d’intégrer officiellement le groupe cubiste, mais n’adoptera jamais entièrement les dogmes de ce mouvement. Ses compositions conserveront en effet une réelle lisibilité et une thématique figurative. Mais comme ses acolytes, il choisit volontiers des sujets novateurs. Et quel meilleur symbole de la modernité en 1912 que le rugby ? Il permet de peindre les joueurs sous des formes géométriques colorées s’imbriquant – carrés et lignes s’opposant à l’ovale du ballon ou aux rondeurs fessières –, et de fusionner les différents plans tout en inspirant du mouvement à l’ensemble. On sait que Lhote travaillait d’après des photos achetées à l’AFP, à partir desquelles il créait différents calques servant d’études pour sa peinture. Donné à la famille des propriétaires actuels par le peintre Arthur Fages (1902-1984), ce tableau est également visible dans une photographie d’époque, retrouvée par Dominique Berman-Martin dans les archives d’André Lhote : on y voit aussi la libraire, écrivaine et organisatrice de soirées et rencontres littéraires, Adrienne Monnier.

Agenda
Tableaux anciens et modernes rivaliseront de qualité lors de ce programme, à l'image d'un côté d'une troublante représentation de La Mort de Cléopâtre proposée par le peintre italien du XVIIe Guido Reni, attendue à 80 000/120 000 € (voir Gazette n° 39 du 6 novembre 2020, page 21), et de l'autre une toile peinte en 1916 par le cubiste André Lhote sur le thème du rugby (40 000/60 000 €). Les époques et les styles diffèrent, comme l'illustreront également une Petite Maestà, Vierge et l'Enfant et deux anges entre quatre saints du Maître de la Madone de la Miséricorde, actif vers 1360-1390 (8 000/12 000 €), et une toile abstraite du Chinois Wang Yan Cheng de 2009 (35 000/45 000 €). À moins que les collectionneurs ne préfèrent se tourner vers un paysage du postimpressionniste de l'Aude Achille Laugé, Allée de saules et village de Cailhau au loin, qui pourrait partir à 20 000/30 000 €. 
jeudi 28 janvier 2021 - 02:30
Toulouse - Hôtel des ventes Saint-Aubin, 3, boulevard Michelet - 31000
Marc Labarbe
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