Jean-Baptiste Greuze : de l’air pur pour bébé

Le 15 juillet 2020, par Claire Papon

Jean-Baptiste Greuze illustre ici une pratique courante au XVIIIe siècle : la mise en nourrice des nouveau-nés au bon air de la campagne.

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Le Départ en nourrice, sanguine, pierre noire, plume et encre de Chine, lavis gris, rehauts de gouache blanche, 41,5 53 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €

Que de monde sur cette feuille… Une dizaine de personnes sont réunies pour assister à ce qui apparaît comme un événement. À l’échelle de la famille tout au moins. Le premier rôle est donné à la nourrice, motif central de la composition, avec l’enfant reposant sur sa poitrine. L’agitation est à son comble dans la cour de cette maison de pierre. Les grands-parents prodiguent leurs dernières recommandations, la jeune mère, sur le perron, tend les bras vers son dernier-né, le père n’étant peut-être pas présent. Au pied de l’escalier, l’un des bambins semble effrayé par un molosse. Un dessin précédant celui-ci, exécuté aux crayons noir et blanc, appartient au musée du Louvre, tandis que deux gravures, La Privation sensible et Le Retour de la nourrice, représentent une pratique fréquente à l’époque. La vie à la campagne étant alors considérée comme une vie saine, il est courant de placer les nourrissons loin des villes et de leur maison. L’artiste lui-même a mis sa fille Anne-Geneviève (1762-1842) en nourrice et convié ses amis les peintres Pierre-Alexandre Wille et Gabriel-François Doyen à l’accompagner à la campagne pour la voir. Développé à partir du XVIIe, l’usage se répand au siècle suivant, hommes et femmes ne semblant pas – ou ne pouvant pas – s’attacher à leurs bébés confiés très tôt aux nourrices. Vers 1760, des critiques apparurent toutefois, Jean-Jacques Rousseau allant jusqu’à affirmer qu’une femme ne devenait vraiment mère que si elle allaitait son enfant. Formé à l’Académie de Paris par Charles-Joseph Natoire, Jean-Baptiste Greuze abandonne vite l’idée de la peinture antique ou mythologique pour se consacrer à des scènes familiales aux intentions morales évidentes, dont le sentimentalisme lui vaut les louanges de Diderot, le philosophe voyant même dans son Père lisant la Bible à ses enfants un tableau d’histoire comparable aux Sept sacrements
de Poussin…

Panorama (avant-vente)

Inspiration exotique

Lors de l’exposition de Turin en 1902, la reine d’Italie félicite Carlo Bugatti (1856-1940) pour ses meubles de style «mauresque». «Vous vous trompez Majesté, ce style est à moi», lui réplique l’artiste. Difficile, en effet, de ne pas reconnaître les œuvres de l’artiste natif de Milan, avec leur gainage de parchemin ou de peau de chameau, leurs disques de cuivre estampé, qui lui valent d’ailleurs le succès, dès ses débuts vers 1880. Décorateur, architecte, dessinateur et fabricant de meubles, créateur de modèles d’orfèvrerie, inventeur d’une bicyclette de compétition, ses talents se conjuguent au pluriel. Comptez 6 000/10 000 € pour repartir mercredi 22, salle 2 à Drouot, avec cette table à piétement en bois noirci et acajou, ornée de rosaces en cuivre martelé, motifs végétaux en étain incrusté et plaques d’os (76 100 65 cm). La vente est orchestrée par Fraysse & Associés

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