Mortelle musique par Vincent Malo

Le 16 septembre 2020, par Caroline Legrand

Le peintre flamand du XVIIe Vincent Malo livre là sa version du célèbre épisode de la mythologie grecque voyant s’opposer Apollon et Marsyas dans un concours musical à l’issue fatale.

Vincent Malo (1589-1649), Apollon et Marsyas, panneau, couvercle de clavecin, 84 119 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Dans le tableau, le satyre Marsyas se tient face à Apollon et le défie. Leurs amis les entourent, le silène l’incitant au combat ; ils assisteront bientôt, impuissants, à ce duel de musiciens qui provoquera la perte de Marsyas. Celui-ci fut en réalité la victime innocente d’une malédiction lancée par Athéna. Cette dernière avait en effet maudit une flûte dont elle avait elle-même joué, provoquant alors l’hilarité des autres déesses, la trouvant ridicule avec ses joues gonflées et son visage congestionné… Marsyas ramassa l’instrument dans un bois en Phrygie et se mit à en jouer dans tout le pays, se vantant de le maîtriser mieux que personne, notamment que le dieu de la musique Apollon. Furieux, ce dernier, armé de sa lyre, le provoque dans un duel musical – illustrant l’opposition entre les musiques populaire et savante –, à l’issue duquel le vainqueur choisira le châtiment infligé au vaincu. Se voyant près de perdre, il joue d’une ruse : il défie Marsyas de faire comme lui, de retourner son instrument et d’en jouer tout en chantant… cette manipulation étant impossible avec une flûte, les muses déclarent Apollon vainqueur. Marsyas est condamné à être attaché à un arbre et écorché vif. Vincent Malo a choisi de décrire le moment du défi. Toute la tension entre les deux protagonistes, aux corps nus sur lesquels la lumière se concentre, est visible dans ce tableau réalisé à l’origine sur un couvercle de clavecin, puis agrandi pour être encadré. Originaire des Pays Bas espagnols, Malo s’est formé à Anvers auprès de David Teniers et de Pierre Paul Rubens. Il élabore un style dans la mouvance baroque du XVIIe siècle, qu’il perfectionnera en Italie, notamment à Gênes où il résidera durant de nombreuses années, après 1634 — au sein de l’importante communauté flamande à l’origine des échanges entre maniérisme et baroque. Après un passage à Florence, il finira sa vie à Rome. Vincent Malo laisse de nombreuses commandes religieuses, mais aussi des tableaux mythologiques et des scènes de genre, dont un Massacre des innocents, conservé à la Galleria di Palazzo Bianco de Gênes, proche de cette peinture.
 

Agenda
Provenant de la collection d'un amateur d'art de la ville, objets d'art asiatiques côtoieront ici bijoux, tableaux anciens et modernes ainsi que mobilier art nouveau. Les amateurs d'art classique hésiteront entre une pendule « au portefaix » en bronze doré et patiné, figurant un porteur de balle de coton (10 000/15 000 €), et une pendule « à l'éléphant » en bronze doré et patiné (4 000/6 000 €). Ceux de peinture auront le choix entre un panneau de l'artiste du XVIIe Vincent Malo, sur le thème d'Apollon et Marsyas (40 000/60 000 €), et une huile sur masonite de 1996 signée Bernard Buffet représentant l'un de ses thèmes favoris, Papillon (40 000 €)  une œuvre achetée en 2011 à la galerie Maurice Garnier. Nous remarquerons enfin une rare vitrine éclairante en noyer mouluré et sculpté d'Émile Gallé, à marqueterie de cerisiers en fleur (6 000/8 000 €), mais aussi, sur le thème de la marine, une maquette de frégate issue d'un travail de ponton du début du XIXe, en bois et os ou ivoire (8 000/10 000 €). 
samedi 19 septembre 2020 - 14:00
La Rochelle - 71, rue des Remparts-Saint-Claude - 17000
La Rochelle Enchères
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