Jacques Majorelle au cœur du souk El Khemis

Le 21 juillet 2021, par Caroline Legrand

Le souk de Marrakech fut l’un des lieux majeurs de l’inspiration de Jacques Majorelle. Sous son pinceau, ses occupants deviennent des êtres majestueux.

Jacques Majorelle (1886-1962), Marrakech : les marchandes de tapis, pastel, signé et situé en bas à gauche, 84,5 103 cm.
Estimation : 30 000 / 50 000 €, 
Adjugé : 177 744 €

La composition est impressionnante : au premier plan se projettent des personnages, à peine reconnaissables sous leurs habits et leurs voiles. Ces vendeuses de tapis brandissent le fruit de leur travail. Elles sont monumentales, hiératiques, et Jacques Majorelle leur voue un culte pictural qui durera des décennies. En effet, le souk El Khemis à Marrakech devient un motif récurrent dans son œuvre à partir de son arrivée dans le pays, en 1917. Carrefour commercial aussi bien pour le Maroc – tous les cortèges de marchands nomades y passent sur leur chemin vers Ouarzazate, Rabat ou Agadir – que pour l’Afrique, la ville est un lien entre le sud et le nord du continent mais aussi avec l’Espagne. Ce marché se déroulant le cinquième jour de la semaine était un rendez-vous incontournable pour Majorelle, qui venait y admirer cette immense foule composée « des paysans de la montagne, les cultivateurs des plaines et les artisans de tous les villages environnants », rapporte Félix Marcilhac dans son ouvrage consacré au peintre (ACR Édition, 1988). « Les femmes voilées y proposaient les couvertures qu’elles avaient tissées elles-mêmes sur le sol de leur maison de pisé. » Ses toiles sur ce thème permettent également de percevoir le cheminement stylistique de l’artiste. Celui-ci abandonnant peu à peu la touche postimpressionniste pour se tourner vers des aplats de couleurs chaudes, des contours noirs, un trait stylisé et, enfin, adopter des rehauts d’or et d’argent. On perçoit pleinement dans cette œuvre sa volonté de trouver la forme la plus essentielle des personnages, cette stylisation qui lui permet de restituer la majesté de ces femmes fièrement debout au soleil, immobiles, afin de vendre leurs tapis. Cette peinture imposante fut acquise par l’oncle des actuels propriétaires d’une manière pour le moins étonnante : il la gagna lors de sa victoire à un tournoi de tennis.

Agenda
Le 7 août défileront tant des pièces d'argenterie que des tableaux et des arts décoratifs. Un coffret de l'orfèvre Aucoc Aîné en ronce de noyer et filets de cuivre orné d'un blason central et signé, à intérieur de cristal et d'argent, s'ouvrira à 4 000/5 000 € et un pastel de l'artiste orientaliste Jacques Majorelle, Marrakech : les marchands de tapis, se négociera à 30 000/50 000 €. On notera également la présence de Paul Rebeyrolle – peintre expressionniste rattaché au mouvement de la nouvelle figuration – avec une grande technique mixte sur toile, La Belle, portant l'étiquette de la galerie Maeght à Zurich, présentant un important traitement matiériste et se distinguant par l'utilisation de bois et de grillage en fer (25 000/35 000 €). 
samedi 07 août 2021 - 20:00 - Live
Biarritz - Hôtel du Palais, 1, avenue de l'Impératrice - 64200
Boisgirard - Antonini
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