Wouwerman à cheval sur l’histoire

Le 28 mai 2020, par Agathe Albi-Gervy

Deux hommes politiques parmi les plus puissants de leur temps sont tombés sous le charme de cette composition du Hollandais Philips Wouwerman : le prince de Conti, cousin de Louis XV, et Hermann Göring, numéro deux du Reich.

Philips Wouwerman (1619-1668), Travellers Resting in a Grotto (Voyageurs se reposant dans une grotte), huile sur panneau, 36 40 cm.
Estimation : 100 000/140 000 

Arrière-petit-fils de Louis XIV et cousin de Louis XV, Louis-François de Bourbon, prince de Conti (1717-1776), est resté dans l’histoire en qualité de frondeur et d’amateur éclairé. Dans sa collection, l’une des plus importantes du XVIIIe siècle, figure cette scène de voyageurs au repos de Philips Wouwerman, qui sera achetée à sa dispersion en 1777 par un marchand londonien, Thomas Emmerson. En septembre 1940, Hermann Göring (1893-1946) l’acquiert auprès d’un marchand d’Amsterdam, Walter Paech, par l’intermédiaire du directeur de sa collection personnelle, Walter Andreas Hofer. Le numéro deux du Reich a alors été élevé, à peine deux mois auparavant, au rang de maréchal d’Empire, le grade le plus élevé dans les forces armées du Reich. Tout au long du conflit mondial, sa collection – d’œuvres souvent spoliées, parfois achetées légalement – ne cessera d’augmenter et de parfaire l’ornement de ses nombreuses résidences privées. En février ou mars 1945, Göring fait d’ailleurs transporter cette toile dans l’une d’elles, le château de Veldenstein, hérité en 1939 de la veuve de son parrain, Hermann von Epenstein. On perd ensuite sa trace jusqu’en 1969, date à laquelle elle se trouve à Düsseldorf, dans une collection privée. Au cours de la décennie suivante, elle est acquise, dans une galerie de Solingen, par l’aïeul des actuels propriétaires, lesquels ont obtenu en avril dernier le certificat de l’Art Loss Register, attestant que l’œuvre de Wouwerman n’est listée dans aucune base de données recensant le patrimoine spolié par les nazis. Le parcours de cette œuvre reflète le succès que son auteur, figure majeure de l’école de Haarlem pendant l’Âge d’or hollandais, a connu de son temps. Recherché par les plus belles collections d’Europe, de Dresde à Saint-Pétersbourg en passant par Vienne, le prolifique Wouwerman force l’admiration par la maîtrise qu’il atteint dans la représentation des chevaux et de la nature. Aujourd’hui, il est l’une des têtes d’affiche de la grande vente de tableaux orchestrée par Lempertz en deux sessions.
 

Conçue pour être vue sous tous les angles, cette sculpture en marbre, haute de 120 cm, a certainement fait partie d’une plus large composi
Conçue pour être vue sous tous les angles, cette sculpture en marbre, haute de 120 cm, a certainement fait partie d’une plus large composition telle qu’une fontaine. Son sujet lui-même renforce cette hypothèse : il s’agit du dieu de la mer, Neptune, chevauchant deux hippocampes. L’historien de l’art Alessandro Delpriori date ce travail des environs de 1585 et l’attribue à Girolamo Campagna (1549-1625), un important sculpteur originaire de Vérone attelé, à cette époque, à la décoration de la basilique Saint-Antoine de Padoue.
Estimation : 40 000/50 000 €
Dans ce portrait de Judith tenant la tête d’Holopherne, il flotte comme un air de Vénétie. La marque de Sebastiano del Piombo est ainsi cl
Dans ce portrait de Judith tenant la tête d’Holopherne, il flotte comme un air de Vénétie. La marque de Sebastiano del Piombo est ainsi clairement visible dans sa mise en page et la large physionomie de la figure féminine au visage rond, tandis que celle de Giorgione peut être décelée dans son arrière-plan au paysage fondu et ses qualités chromatiques. L’auteur auquel cette huile sur panneau est attribuée par, entre autres, Rodolfo Pallucchini, se trouve être Giovanni de’ Busi – plus connu sous le nom de Giovanni Cariani (1480 ou 1485-1547) –, un peintre originaire de Bergame et actif à Venise, où il a été formé par Giorgione.
Estimation : 160 000/170 000 €

Ce bozzetto en grisaille, figurant saint Pierre, laisse transparaître le processus de création présidant à l’œuvre d’Anton Raphael Mengs,
Ce bozzetto en grisaille, figurant saint Pierre, laisse transparaître le processus de création présidant à l’œuvre d’Anton Raphael Mengs, l’un des maîtres de la peinture néoclassique. Il prépare le projet que le pape Clément XIV commande à Mengs, en 1771, pour orner à fresque le plafond de la Salle des Papyrus du Palais apostolique du Vatican. Deux années seront nécessaires à la réalisation d’une composition associant Moïse et saint Pierre à un groupe de putti, pélicans et ibis. La présente étude rappelle que Mengs avait pour habitude d’exécuter des bozzetti en grisaille pour travailler sur le clair-obscur de ses œuvres finales.
Estimation : 8 000/10 000 €
Il est vraisemblable que le modèle de cette vibrante étude sur toile soit Anna Risi, dite Nanna, illustre muse et maîtresse de son auteur,
Il est vraisemblable que le modèle de cette vibrante étude sur toile soit Anna Risi, dite Nanna, illustre muse et maîtresse de son auteur, l’Allemand Anselm Feuerbach (1829-1880). Cette romance d’une vie débute trois ans avant l’exécution de cette œuvre, en février 1860 : le jeune peintre aperçoit alors, près de la Piazza Barberini à Rome, une femme aux cheveux d’ébène dont la beauté correspond en tous points au canon de l’époque. Sur les six années suivantes, elle posera pour vingt-huit de ses toiles, dont le célèbre Joueur de mandoline de 1868, conservé à Stuttgart.
Estimation : 40 000/45 000 €
Agenda
La première session, consacrée à l'art ancien, compte une importante sélection de sculptures, à l'exemple d'un Neptune en marbre du sculpteur vénitien Girolamo Campagna (40 000/50 000 €) et d'un saint Sébastien créé par Michael Zürn l'Ancien – artiste de Haute-Souabe actif dans la première moitié du XVIe siècle – dans du bois polychromé (25 000/30 000 €). Du côté de la peinture, les maîtres des XVe et XVIe siècles sont à l'honneur, avec notamment Giovanni Cariani (160 000/170 000 €), le Maître du Rhin supérieur (25 000/30 000 €), Tommaso di Credi (80 000/90 000 €) ou encore Fermo Ghisoni (40 000/50 000 €). Le chapitre consacré au XIXe siècle propose, quant à lui, une paysanne de Corot (80 000/100 000 €), une marine de Jacob Philipp Hackert (même estimation) et un paysage de Michael Neher (50 000/70 000 €).
samedi 30 mai 2020 - 11:00, 14:00
Cologne - Neumarkt, 3 - D-50667
Lempertz
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