Félix Del Marle, le goût de l’innovation

Le 07 janvier 2021, par Caroline Legrand

Quatre œuvres de Félix Del Marle évoquent ici un style d’avant-garde, le futurisme, mais aussi le début du XXe siècle, une époque de progrès.

Félix Del Marle (1889-1952), Station de métro Montparnasse, 1914, pastel signé et daté, 65 49 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Filippo Tommaso Marinetti écrit en décembre 1908 le Manifeste des peintres futuristes. Il est, avec Umberto Boccioni et Gino Severini, l'un des fondateurs de ce mouvement qui se développera essentiellement en Italie et en Russie. S’inspirant stylistiquement du divisionnisme et du cubisme, le futurisme cherche à exprimer le mouvement et la simultanéité spatiale et temporelle par « dislocation et démembrement des objets, éparpillement et fusion des détails, délivrés de la logique courante et indépendants les uns des autres ». Mais cette volonté de renouveler les arts prend également sa source au cœur des innovations industrielles et technologiques. Abandonnant les thèmes traditionnels, les artistes se tournent vers l’observation de la vie moderne. Aux côtés de l’électricité, du cinéma, de la mode et de l’urbanisme, les moyens de transport – et avant tout, la vitesse – fascinent et changent la perception même de la vie. Datées de 1912 à 1914, quatre œuvres de Félix Del Marle illustrent ici parfaitement cette source d’inspiration : Trémoutarde, rythme, inspirée d’un court métrage muet français réalisé par le comédien Georges Monca en 1908 et sorti en 1915, annoncée à 8 000/12 000 €, Patineuse, une étude au fusain à la même estimation, sans oublier les représentations des deux principales gares routières parisiennes, Métro, gare d’Orléans et Station de métro Montparnasse, estimées chacune 15 000/20 000 €. La première est des plus parlantes avec la présence de l’horloge, des plaques de métro, des passagers assis et des célèbres arcatures métalliques de la grande halle de la gare d’Orléans, aujourd’hui d’Austerlitz. Celle-ci vient alors de connaître de nouveaux aménagements, avec une façade Belle Époque puis, en 1906, l’implantation d’une station surélevée afin de faire passer la nouvelle ligne 5. La gare de Montparnasse est elle aussi un centre majeur de ce réseau ferroviaire parisien en pleine expansion. Ces œuvres comptent parmi les rares travaux futuristes français. En effet, Felix Del Marle est, avec Valentine de Saint-Point, l’un des seuls artistes de l’Hexagone à rejoindre ce mouvement, suite à sa rencontre avec Severini en 1913. Après la guerre, cet éternel innovateur se lancera dans une nouvelle aventure, celle de l’abstraction.
 

Métro, gare d’Orléans, vers 1912-1914, encre noire, gouache et pastel, 65 x 50 cm. Estimation : 15 000/20 000 €
Métro, gare d’Orléans, vers 1912-1914, encre noire, gouache et pastel, 65 50 cm.
Estimation : 15 000/20 000 
Agenda
Quatre œuvres du peintre surréaliste Félix Del Marle (1889-1952) se distingueront au cœur de ce riche programme. Datées vers 1912-1914, elles seront présentées entre 8 000/12 000 € – cas d'un fusain sur papier marouflé sur carton, Patineuse – et 15 000/20 000 € pour un pastel décrivant la Station de métro Montparnasse (voir Gazette n° 1, page 92). Le peintre abstrait Robert Tatin, décédé en 1983 en Mayenne, s'immiscera également au programme avec deux peintures et deux lithographies nées de son souvenir des lumières de São Paulo lors d'un atterrissage dans les années 1950. À leurs côtés aux cimaises seront accrochées une Vue de Wildbad Kreuth, dans les Alpes bavaroises, par Ludwig August Most (10 000/15 000 €), et une peinture sur papier marouflé de Maurice Le Scouëzec, Bretonnes à la pointe du Raz, de 1921 (6 000/8 000 €). Signalons enfin la présence d'une coupe libatoire chinoise du XVIIIe en corne de rhinocéros, en forme de corolle florale et sculptée de fleurs épanouies ainsi que de bourgeons de magnolia (8 000/12 000 €).  
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