Attribué à Gerrit Jensen à Londres

Le 04 février 2021, par Claire Papon

Promis à la plus haute marche du podium d’une dispersion classique, ce cabinet marqueté, aux dimensions aussi imposantes que son décor, est attribué à Gerrit Jensen.

Attribué à Gerrit Jensen (1667-1715), cabinet en placage d’acajou et palissandre, pierres dures, paesine, bronze doré, bois doré et noirci, piétement d'époque Regency, Angleterre, vers 1830, 176 140 49,6 cm (l’ensemble).
Estimation : 150 000/200 000 €

Si la vogue pour les cabinets ornés de pierres dures semble un peu passée en France, en cette fin de XVIIe siècle, elle séduit toujours outre-Manche. Pour preuve, ce cabinet réalisé dans les années 1700-1725, probablement par Gerrit Jensen, ébéniste d’origine hollandaise ou flamande, actif à Londres entre 1680 et 1715 — inventeur de ce décor appelé seaweed, et le seul à utiliser le métal dans ses marqueteries. S’inspirant du style mis à la mode en France par Pierre Gole, Daniel Marot et André-Charles Boulle, Jensen instaure le style anglo-hollandais, renforcé par l’arrivée au pouvoir de Guillaume III d’Orange-Nassau et de son épouse Marie. Comme en Hollande, on aime les belles surfaces lisses, les placages aux couleurs chatoyantes, tels le noyer, le faux ébénier, l’acacia, le gaïac, permettant des décors en coquille d’huître ou en arabesque, ou seaweed, c’est-à-dire comparable aux algues… L’aspect architectural avec colonnes et niches à secret rappelle les modèles florentins en circulation depuis le XVIe siècle, le décor de pierres dures celui des productions de l’opificio delle pietre dure («atelier des pierres dures») fondé par Ferdinand Ier de Médicis, troisième grand-duc de Toscane. Notre meuble s’orne d’un second type de marqueterie appelée paesine, du nom d’une variété de calcaire des Apennins dont les nombreuses fissures et inclusions lui donnent, une fois poli, un aspect ruiniforme et lui valent le nom de «marbre florentin».

Agenda
Aux cimaises, on surveillera notamment une grande toile (117 x 137 cm) de l'atelier de Michele Antonio Rapous de la fin XVIIIe, Amours couronnant de fleurs une statue de Vénus (18 000/22 000 €), ou encore un Paysage à l'étang en Sologne, daté 1890 et signé Pierre-Emmanuel Damoye, exposé au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts (6 000/8 000 €). On quitte la Sologne pour la Bourgogne et un cabinet à deux corps XVIe, en noyer abondamment sculpté de termes et masques léonins, inspiré de Hugues Sambin (70 000/100 000 €), mais aussi pour la Sicile dont un capezzale en corail, nacre, pierres semi-précieuses et cuivre doré exprime la spécialité des artisans de Trapani pour ce type d'objets religieux (30 000/40 000 €), et surtout pour l'Angleterre. C'est entre 150 000 et 200 000 € qu'est espéré un cabinet en placage et marqueterie de pierres dures début XVIIIe, attribué à Gerrit Jensen. Des objets d'art et du mobilier XVIIIe et début XIXe sont également de la partie, dont une imposante pendule fin XVIIIe, en bronze doré, émail et marbre rouge dite "au char de Bacchus enfant". Elle est attribuée à Jean-Joseph Lieutaud et Pierre-Philippe Thomire et estimée 50 000/70 000 €.
vendredi 12 février 2021 - 01:30 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Kohn Marc-Arthur
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