Jongkind vers l’impressionnisme

Le 15 septembre 2021, par Caroline Legrand

Tout le parcours et les avancées du peintre hollandais sont visibles dans ce paysage de neige réalisé à la fin de sa carrière. Un plaidoyer impressionniste.

Johan Barthold Jongkind (1819-1891), Neige sur le boulevard de l’Hôpital, Paris, 1879, huile sur toile signée et datée, 41 65 cm.
Estimation : 30 000/40 000 

Nous sommes sur le boulevard de l’Hôpital un jour de neige. Quelques piétons marchent avec difficulté sur le trottoir, tandis qu’une carriole avance prudemment sur la route enneigée. La composition, à la belle perspective, s’enfuit en arrière-plan vers la coupole de l’hôpital de la Salpêtrière et le ciel blanc cotonneux. Parfaitement référencé, ce tableau a participé à de nombreuses expositions, de celle se tenant à la galerie Georges-Petit, en 1921, à celle itinérante de Dordrecht à Tokyo, en 1982-1983. Provenant d’une collection particulière, il est par ailleurs passé entre les mains de Bernheim-Jeune et du collectionneur Alfred Bergaud. Car ce tableau a tout pour plaire… Les paysages d’hiver sont d’ailleurs toujours très prisés, en particulier quand ils présentent cette touche fragmentée, ce traitement rapide et sensible de la neige et du ciel allié à une composition audacieuse et aérée. Johan Barthold Jongkind a fait bien du chemin depuis ses toutes premières vues enneigées, redevables à la manière réaliste hollandaise, au début de sa carrière. Après des études à l’académie de La Haye auprès d’Andreas Schelfhout, qui le mène sur la voie de la peinture de plein air, il rencontre Eugène Isabey en 1845 et part en sa compagnie en France un an plus tard. Le Français l’initie à la peinture de paysage en Normandie, région aux variations si particulières de lumière et de couleur. Son art évolue alors entre la tradition des paysages hollandais, de Van Goyen notamment, et sa quête de liberté, allant à l’encontre du réalisme ou du romantisme de ses contemporains. Après une période difficile durant laquelle il a du mal à se faire reconnaître, Jongkind se fixe tout d’abord à Honfleur, en 1863, où il exercera une forte influence sur la nouvelle génération de peintres, en tête desquels Claude Monet et Eugène Boudin. Puis il s’installe en 1878 à La Côte-Saint-André, en Isère, où les paysages de neige feront renaître son inspiration. Malheureusement, il faudra attendre son décès et l’exposition organisée par Durand-Ruel en 1899 pour que le public s’intéresse véritablement à son œuvre.

Agenda
Johan Barthold Jongkind fut l'un des précurseurs de l'impressionnisme, de par sa touche rapide et son traitement des nuances atmosphériques notamment. On retrouvera toutes ces qualités dans la toile de 1879, Neige sur le boulevard de l'Hôpital, présentée lors de cette vente avec une estimation de 30 000/40 000 € (voir Gazette n° 32, page 97). On restera dans cette même vision de la peinture en compagnie d'Eugène Boudin, qui proposera moyennant 20 000/30 000 € Deauville, le bassin, daté de 1887. Avant de quitter les cimaises, on remarquera une Femme brune allongée sur un sofa, aux accents fauves très marqués, peinte vers 1912-1913 par Charles Camoin (8 000/12 000 €). Des autres sections, nous mentionnerons une plaque métallique publicitaire pour la société Nicolas, Fines bouteilles, avec le célèbre personnage du livreur Nectar créé par Dransy (8 000/12 000 €), et une édition d'époque d'un lampadaire dit Simple de Serge Mouille, créé en 1953, à base tripode en « V », fût coudé en tiges de métal laqué noir et  réflecteur orientable, en métal laqué noir et blanc et à rotule en laiton poli (même estimation).
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