Éloge de la serrurerie

Le 12 mars 2020, par Sophie Reyssat

Une collection met en lumière la virtuosité des serruriers, mise au service de la technicité et de l’art.

Serrure de porte en fer ciselé, repercé et gravé aux armes du surintendant Fouquet et attribuée à Homer Mourie, XVIIe siècle, 22 x 8,3 cm.
Estimation : 10 000/12 000 

Bien que dépassant deux cents numéros, cette vacation n’est que la première partie d’un ensemble réuni par Mme B. consacré à la serrurerie. Cette spécialité remonte à l’époque romaine, pour déployer ensuite des trésors d’inventivité, tant technique que plastique, jusqu’au XIXe siècle. Protéger la propriété est rapidement devenu prétexte à la décoration des portes comme des meubles, donnant lieu à la création de véritables objets d’art dès le Moyen Âge, et plus encore à partir du XVe siècle. La Renaissance italienne inspire ainsi ce fastueux heurtoir, dont le décor de serpents entrelacés, sortant d’un blason sans armoiries pour encadrer un masque de comédie encadré de lauriers, laisse présager d’une utilisation sur la porte d’un théâtre. Les clés elles-mêmes sont riches de symboles. À la suite d’un bel ensemble de modèles de chambellans en bronze doré, proposés entre 100 et 1 500 €, une pièce d’apparence bien plus sobre cache ainsi son jeu : datant de la fin du XVIIIe siècle, dotée d’un simple anneau ovale et d’une tige ronde, elle présente un panneton formant en toutes lettres le nom de son propriétaire, le consul Sieyès (3 000/5 000 €). Gravée aux armes de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, et attribuée à Homer Mourie, une serrure de la seconde moitié du XVIIe siècle est ciselée et gravée à profusion sur toutes les parties visibles de son mécanisme, tandis qu’un mufle léonin trône sur son boîtier (10 000/12 000 €). Le roi des animaux impose également sa loi sur une imposante serrure dite prévôtale, réalisée à la fin du XVIIIe siècle. Grâce à un ingénieux mécanisme, sa mâchoire de bronze se referme sur la main du crocheteur malhabile – l’accueillage de la clé est au fond de la gueule du fauve –, comme la poigne du prévôt s’abat sur l’épaule du voleur (10 000/15 000 €).

Travail italien, fin XIXe siècle. Ornement de portail en forme de heurtoir en bronze gravé et ciselé figurant des serpents enlacés se rejo
Travail italien, fin XIXe siècle. Ornement de portail en forme de heurtoir en bronze gravé et ciselé figurant des serpents enlacés se rejoignant pour encadrer un masque de comédie, flanqué de rameaux de lauriers, 29,5 22 cm.
Estimation : 500/700 

Une serrure qui a du mordant...

Le 28 mai 2020, par Claire Papon

Ce modèle de serrure prévôtal, dit aussi «pince-voleurs» est l’une des pièces les plus spectaculaires et la plus attendue de la première partie de la collection de serrurerie de madame B.

Tête de lion en bronze ciselé en fort relief, partie d’une serrure prévôtale en fer forgé, mouluré et bleui et bronze tourné et ciselé, fin du XVIIIe siècle, diam. 28 cm (tête de lion), 52 23,7 7,8 cm (serrure).
Estimation : 10 000/15 000 

L’objet est à la hauteur de sa fonction, puisqu’il permettait au prévôt d’arrêter les intrus. Quand ceux-ci introduisaient une fausse clé, des ressorts très puissants libéraient deux mors qui emprisonnaient son poignet. Notre exemplaire se compose d’un coffre rectangulaire de fer bleui rehaussé de cinq cibles de bronze à moulures concentriques, d’une gâche, plus petite, reprenant le même décor, d’une plaque de fer ornée d’une tête de lion encadrée de curseurs de bronze permettant d’actionner le mécanisme. La clé, simple, présente un anneau à cuisse de grenouille et une tige forée à panneton chiffré. Le mécanisme présente deux forts pênes et celui du va-et-vient. Lorsqu’elle est en fonction, la mâchoire supérieure du félin se soulève et est maintenue en position d’ouverture par un ressort. Toute tentative de crochetage libère celui-ci et prend le contrevenant en flagrant délit. Ne reste plus au prévôt qu’à lui passer les menottes. On connaît fort peu d’exemplaires semblables ou voisins de celui-ci. Le musée Le Secq des Tournelles, à Rouen, en conserve un modèle de la fin XVIIe d’une facture et d’une disposition très différentes, en acier découpé et ciselé et bronze doré, où une tête de lion s’abrite derrière les mâchoires repliées. Cette invention est attribuée soit à Duval, soit à Merlin, serruriers parisiens, spécialisés dans ce type de mécanisme, mais rien ne permet de leur donner notre objet. On sait que les marchands de nouveautés de la capitale en vendaient à la fin du XVIIIe. Quoi qu’il en soit, on est loin de la bobinette et de la chevillette…

jeudi 04 juin 2020 - 14:15 - Live
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