Lé Phô, l’art du Vietnam dans tous ses états

Le 30 septembre 2020, par Sophie Reyssat

Le talent de Lé Phô éclate dans ses portraits, côtoyant les œuvres d’autres artistes vietnamiens.

Lé Phô (1907-2001), Les Deux Sœurs au balcon, encre et couleurs sur soie, 60 46 cm.
Estimation : 250 000/300 000 

Le talent de Lé Phô éclate dans ses portraits, côtoyant les œuvres d’autres artistes vietnamiens. Ces dernières années, la maison Aguttes est devenue la spécialiste du peintre Lé Phô. Il retrouve les cimaises de Neuilly, notamment grâce à ces Deux Sœurs au balcon pleines de douceur, pour jouer le rôle d’ambassadeur de la peinture vietnamienne. Si la cote de l’artiste est aujourd’hui au beau fixe, il n’en n’a pas toujours été ainsi, son travail étant tombé dans l’oubli en Europe avant d’être récemment remis en lumière. Installé définitivement en France en 1937, Lé Phô y avait pourtant connu une belle carrière, après des débuts déjà remarqués en Indochine, où il avait notamment exécuté de grands décors pour le palais du gouverneur. D’autres bâtiments, parisiens cette fois, lui ont permis de se faire remarquer lors de l’Exposition coloniale de 1931, mais surtout de l’Exposition internationale de 1937. La critique salue alors dans son travail la fusion harmonieuse des traditions vietnamienne et occidentale. Le succès de la touche artistique qu’il apporte aux pavillons indochinois des expositions, lui ouvre les portes des galeries. André Romanet l’a ainsi invité à présenter ses œuvres, dont celle-ci, aux cimaises de la galerie Pasteur, en Algérie. Elle y a été acquise en 1952 et n’a jamais quitté la famille de son propriétaire. Cinq autres œuvres présentées dans cette vente sont également passées par la galerie de Romanet. L’une, Jeune fille aux pivoines exécutée vers 1945, est encore de Lé Phô, tandis que les autres illustrent le talent de Mai Trung Thu et de Vu Cao Dam. Neuf œuvres évoqueront également le travail d’Alix Aymé. Alors qu’un Paysage lacustre en laque illustrera son intérêt pour une technique qu’elle a  contribué à faire renaître (5 000/7 000 €), Les Offrandes dans le temple de Yunnan, une huile sur carton peinte vers 1928, témoignera de son amour pour les traditions vietnamiennes (12 000/15 000 €).

 

Sept encres et couleurs sur soie de Mai Trung Thu (1906-1980) sont au programme. Toutes représentent des femmes et des enfants, dans la si
Sept encres et couleurs sur soie de Mai Trung Thu (1906-1980) sont au programme. Toutes représentent des femmes et des enfants, dans la simplicité de leur vie quotidienne, animée par le bain, la lecture ou le jeu. La sobriété des compositions, la gamme limitée de couleurs et leur usage en aplats participent à l’atmosphère de quiétude qui se dégage des scènes, pleines de naturel. Celle-ci, datée de 1945 et titrée Le Vent (55 46 cm), est la plus délicate. À ce titre, elle est d’ailleurs attendue entre 120 000 et 150 000 €. À la différence des autres, le mouvement s’y invite à travers une brise soulevant les pans de la robe et le voile transparent, que la jeune femme retient d’un geste tout aussi léger. Elle semble imperturbable, alors que la végétation elle-même se plie sous le vent.
Associant toujours encre et couleurs, cette peinture sur soie de Nguyen Phan Chanh(1892-1984) a été acquise auprès de la famille de l’arti
Associant toujours encre et couleurs, cette peinture sur soie de Nguyen Phan Chanh
(1892-1984) a été acquise auprès de la famille de l’artiste vers 1990, à Hanoi. Elle illustre son talent à parer de poésie les instants les plus simples de la vie, comme ici le moment de la toilette, un thème récurrent dans son travail. Il le représente avec un réalisme d’autant plus grand que les deux femmes ne prêtent aucune attention au spectateur. L’intimité de la scène est en outre soulignée par la douceur des camaïeux bruns. Aucun détail superflu ne vient distraire l’attention de ce rituel quotidien. Ce sujet tout en délicatesse (51 72,2 cm), daté de 1964, sera proposé entre 80 000 et 120 000 €.

Alors que Lé Phô, Vu Cao Dam, Mai Trung Thu et Nguyen Phan Chanh ont fait partie de la première promotion de l’École supérieure des beaux-
Alors que Lé Phô, Vu Cao Dam, Mai Trung Thu et Nguyen Phan Chanh ont fait partie de la première promotion de l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine, Alix Aymé (1894-1989) y a enseigné. À l’image d’un autre Français, Victor Tardieu –  cofondateur de l’institution avec le peintre vietnamien Nguyen Nam Son , en 1925 –, elle s’est en effet passionnée pour le pays et sa population. En témoigne ce séduisant portrait à l’eau-forte, Mon amie annamite, Tien Maï (signé et numéroté 7/50, 20,7 17,5 cm). Attendu autour de 1 250 €, il côtoiera la Fillette à la tourterelle représentée en laque, son matériau de prédilection (15 000/20 000 €).
Estimées autour de 20 000 €,ces deux jeunes femmes liées par l’amitié ont été façonnées en terre cuite par Vu Cao Dam (1908-2000), vers 19
Estimées autour de 20 000 €,
ces deux jeunes femmes liées par l’amitié ont été façonnées en terre cuite par
Vu Cao Dam (1908-2000), vers 1941-1942 (numérotée 5/10, 37 18 11 cm). Ce matériau a séduit l’artiste dès ses premières années d’apprentissage, et la grâce de ses sculptures lui a valu une belle reconnaissance marquée par de nombreuses commandes. Il a exposé ses œuvres délicates à la galerie parisienne l’Art français, au Salon des indépendants, à celui des Tuileries et au Salon d’automne, dont il est devenu membre en 1943. La peinture sur soie, son autre facette, sera notamment évoquée par un Nu de 1941, un sujet inhabituel pour l’artiste (60 000/80 000 €).
Agenda

Le Vietnam est à l’affiche le mardi 6, avec Lé Phô en tête. Son travail sera évoqué par cinq œuvres, dont la plus remarquée pourrait être une Jeune fille aux pivoines inédite, peinte sur soie vers 1945 et remarquablement conservée. Comme elle, d’autres œuvres appartenant à des collections constituées entre 1945 et 1950 seront proposées. Le vent soufflera dans le sens de Mai Trung Thu, sa jeune femme de 1945 faisant face à la brise autour de 135 000 €. Il évoquera la vie quotidienne dans d’autres peintures, comme Nguyen Phan Chanh, décrivant le moment de La Toilette en 1964 (80 000/120 000 €). La femme se dévoilera sous le pinceau délicat de Vu Cao Dam, dans un Nu de 1941 (60 000/80 000 €). Alix Aymé sera représentée par neuf œuvres, entre 1 000 et 20 000 €.

mardi 06 octobre 2020 - 14:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne