Sanyu, un bouquet d’Asie à Drouot

Le 05 mars 2020, par Claire Papon

Elle est la vedette de cette nouvelle dispersion consacrée aux peintres asiatiques. Exécutée dans les années 1950, cette huile sur Isorel de Sanyu saura-t-elle cueillir les amateurs chinois ? Réponse dans quelques jours.

Sanyu (1895-1966), Pivoines en pot dans une jardinière bleue et blanche, huile sur Isorel, vers 1950, 109,8 79,8 cm.
Estimation : 2,5/3,5 M€

Dans un article du Parisien libéré en 1946, Pierre Joffroy écrivait : «Un curieux pourrait se demander si Sanyu est un Chinois ?» La question reste insoluble tant l’artiste, né dans la province du Sichuan mais installé en France en 1923, semble faire le trait d’union entre l’Orient et l’Occident. Cette peinture en est un nouvel exemple de par sa technique – la peinture à l’huile –, sa palette intense – qui vaudra parfois à l’artiste le surnom de «Matisse chinois» –, sa ligne fluide, sa facture dépouillée, son sujet enfin : les fleurs en pot illustrant une longue tradition picturale asiatique. Si le rose prédomine dans ses œuvres des années 1930, il se teinte à partir de 1940-1950 de nuances brunes, parfois vertes ou bleues, et côtoie des tonalités plus douces. Ses formes se simplifient, ses contrastes deviennent plus marqués, les traits plus incisifs. Le thème des fleurs demeure, comme les nus et les animaux, l’un des plus prisés du peintre. L’une de ses premières œuvres, Pot de chrysanthèmes blanches, fond rose, exécutée en 1929, montre des fleurs dessinées à l’encre de Chine, peintes en aplats colorés et ciselés sur un fond sombre. Il se dit même que l’artiste, généreux et plein d’humour, offrait parfois l’une de ses toiles en guise de fleurs fraîches… La représentation de tels vases a toujours été particulièrement symbolique, de culture notamment, parmi les classes érudites en Asie. Quant à la pivoine, fleur du printemps, elle est signe de féminité, d’intelligence, d’amour, de bonheur et de richesse. Plus qu’une simple nature morte, l’art floral est considéré comme une alternative à l’autoportrait. Acquis auprès de l’artiste, notre tableau a fait partie de la collection de la comtesse Matilde Locatelli (1912-1999), amie d’Alberto Giacometti et de Jean Genet, résidant à Paris puis à Madrid, où elle s’installe en 1942 avec sa compagne. En 1971, l’œuvre est offerte à l’un des fils de cette dernière qui, en 1990, la cède à une amie. Celle-ci la conserve jusqu’en 2018.

 

Figure majeure de l’art moderne vietnamien, passé lui aussi par l’École des beaux-arts d’Indochine au milieu des années 1920, installé en
Figure majeure de l’art moderne vietnamien, passé lui aussi par l’École des beaux-arts d’Indochine au milieu des années 1920, installé en France en 1937, Lé Phô (1907-2001) a fait des compositions florales peintes à l’huile un thème important de son œuvre. Ci-dessus, ce Bouquet de fleurs exécuté sur toile (46 61,5 cm), non daté, laissant transparaître l’influence des impressionnistes a été acquis auprès de l’artiste et conservé dans une collection privée parisienne. Il est annoncé à hauteur de 20 000/30 000 €.
 
Difficile de ne pas être charmé par ce panneau à l’encre et couleurs sur soie signé Mai Trung Thu (1906-1980), daté 1963 (ci-dessous). Int
Difficile de ne pas être charmé par ce panneau à l’encre et couleurs sur soie signé Mai Trung Thu (1906-1980), daté 1963 (ci-dessous). Intitulé Joie de vivre II, il correspond à la partie gauche d’un triptyque, dont les éléments furent séparés par l’artiste. La partie droite, Enfants jouant en bord de rivière, a recueilli 42 000 € le 7 mai 2014 (Kapandji Morhange OVV). Ici, les bambins sont mis en scène dans une atmosphère joyeuse et colorée, probablement à l’école, les uns cueillant des fleurs, d’autres jouant au mah-jong, d’autres encore plus pensifs. Chaque silhouette est finement cernée de noir et se détache sur le fond. Peintre de paysages, Mai Trung Thu est aussi celui des femmes et des enfants. Comptez 100 000/150 000 € pour cet instantané.
 
Réalisée à la fin des années 1930, cette grande Maternité sur soie (65 x 49,5 cm) de l’un des ténors de la peinture vietnamienne, Vu Cao D
Réalisée à la fin des années 1930, cette grande Maternité sur soie (65 49,5 cm) de l’un des ténors de la peinture vietnamienne, Vu Cao Dam (1908-2000), est un bel exemple de finesse et de délicatesse, tant par ses coloris que par l’attitude de cette jeune femme, assise en tenue traditionnelle dans un paysage, tenant contre elle son bambin, la main posée sur sa tête. Rien ne semble pouvoir troubler leur sérénité… 80 000/120 000 € sont demandés de cette œuvre ayant fait partie, avant 1942, de la collection de la comtesse Matilde Locatelli.
 
Représentation du paradis terrestre ? Lorsqu’elle séjourne au Japon en 1928, Alix Aymé (1894-1989), installée à Hanoï depuis sept ans, se
Représentation du paradis terrestre ? Lorsqu’elle séjourne au Japon en 1928, Alix Aymé (1894-1989), installée à Hanoï depuis sept ans, se prend de passion pour la laque. Empruntant à cette technique millénaire ses fonds et ses aplats dorés, elle traduit sa fascination pour le Vietnam, et la douceur de vivre qui semble en émaner. Avec pudeur et poésie, elle met en scène les silhouettes graciles des jeunes femmes protégées par cette végétation luxuriante. Baigneuses (125 200 cm) a été exécutée dans les années 1935. Elle est attendue entre 80 000 et 120 000 €.
Agenda
Les enchères récompenseront une quarantaine d'œuvres. Les premières pourraient bien être les plus enthousiastes puisqu'elles sont prévues à 2,5/3,5 M€ et 250 000/350 000 € respectivement sur une huile sur Isorel des années 1950 de Sanyu, Pivoines en pot dans une jardinière bleue et blanche et une encre et couleurs sur soie de Lin Fengmian, Femme au miroir (voir En couverture, Gazette n° 7, page 6). À ces deux artistes chinois succèdent les peintres de l'école vietnamienne emmenés par des grands noms de l'envergure de Vu Cao Dam, Mai Trung Thu, Lé Phô et Alix Aymé. Selon ses moyens, on tentera sa chance sur une Fillette au panier de fleurs, 1936 (encre et couleurs sur soie) de Nguyen Duc Nung (20 000/30 000 €), une aquarelle de Léo Craste des années 1925, Jonques de mer au mouillage vues par l'avant, Cochinchine (2 000/3 000 €), un séduisant Bouquet de fleurs, 1959, posé près d'une fenêtre sur un entablement de Mai Trung Thu (30 000/50 000 €), une laque à rehauts d'or, datée 1982 et signée Nguyen Van Minh, Repas à la cour (4 000/6 000 €).
mercredi 11 mars 2020 - 14:30 - Live
Salle 2 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Aguttes
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