Dinet, chantre de Bou Saâda

Le 20 juin 2019, par Claire Papon et Anne Foster

Dès son premier voyage en 1884, Étienne Dinet est séduit par Bou Saâda, la «cité du bonheur». Il y reviendra plusieurs fois avant d’y acquérir une maison en 1905, relatant dans sa peinture le quotidien et les fêtes de la population de cet oasis.

Étienne Dinet (1861-1929), Jour de fête, fillettes demandant la récompense à l’occasion de la fête de l’Aïd, huile sur toile, 85 81 cm.
Estimation : 200 000/300 000 

Après s’être converti à l’islam, Nasr ad Dine de son nouveau nom  fait édifier à Bou Saâda, en 1925, une qubba pour abriter sa future tombe ; quatre ans plus tard, avec Sliman ben Ibrahim, il effectue le pèlerinage à La Mecque. Profondément attaché à la culture, aux traditions algériennes et à l’islam, il note les fêtes de cette cité des monts des Ouled Naïl au pied de l’Atlas saharien. Comme, pour cette peinture, celle de l’Aïd el-Fitr qui marque la fin du jeûne du Ramadan. La journée est marquée par les prières et les repas, les cadeaux offerts aux enfants. L’homme a revêtu ses plus beaux habits, il tient à la main son livre de prières ; son large sourire marque sa joie. Les fillettes se pressent autour de lui, tendant leurs mains qui s’agitent tel un ballet. Les gestes théâtraux, les visages envieux et rieurs des petites filles, sans oublier l’homme qui s’amuse de cette situation, assurent la dynamique de l’action et son intensité scénique. Mais au-delà de la représentation d’un instant festif dans un village du Sud, le flamboiement coloré de la palette impressionniste traduit le mysticisme de Dinet, donnant une sorte de représentation du paradis qui serait baigné de la fraîcheur des oasis du sud algérien et de la forte lumière solaire des marches du désert. Certaines œuvres, jugées trop dénudées, ont été brûlées lors des années noires qui ont secoué l’Algérie. Le plus important reste une réalité incontestée : Dinet  ou ad Dine  avait réussi à porter ces scènes villageoises au rang d’œuvres d’art universelles et intemporelles.

Agenda
La première vacation du jeudi présente des livres et des photos traitant de l’Orient  comme un exemplaire des Decada de l’historien portugais Joao de Barros comprend six volumes. Suivant une proposition que lui avait adressée en son temps Dom Manuel I, il commence à écrire la chronique des actions des Portugais en Inde – les Décadas da Ásia ainsi nommées parce que, à l'instar de l'Histoire de Tite Live, elles regroupent les événements par livres pour des périodes de dix ans. La première Décade fut publiée en 1552, la seconde en 1553, et la troisième en 1563. La quatrième, inachevée, fut complétée par João Baptista Lavanha et publiée à Madrid en 1615, bien après sa mort. Les trois premiers volumes composent la deuxième édition des Trois premières décennies de Barros publiées par le Sénat de Lisbonne. Le quatrième volume est la plus rare édition de Decada, publiée à Madrid par João Baptista Lavanha. Cette rare suite est estimée 20 000/30 000 €. La seconde session offre des tableaux orientalistes comme une huile sur panneau attribuée à Rudolf Ernst (1854-1932), À la porte du palais (30 000/40 000 €) et des objets d’art islamique, tel un fragment de broderie nasride, atelier andalou-marocain, vers 1480-1580 (20 000/40 000 €).
vendredi 28 juin 2019 - 02:00 - Live
Salle 14 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
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