Braque : dessin cubiste synthétique

Le 08 septembre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Emmené dans le sillage fauve par Matisse, Braque s’en affranchit en prenant un virage cubiste. Une première révolution plastique très vite suivie d’une deuxième, celle du collage.

Georges Braque (1882-1963), Verres et bouteilles (Fourrures), hiver 1913-1914, fusain, papier peint et journal sur papier, 48 62 cm.
Estimation : 1,6 MCHF

Aplanissement de la surface, perte des repères spatio-temporels, représentation bidimensionnelle : les recherches visuelles auxquelles aboutit Georges Braque après 1912 sont toutes déployées dans Verres et bouteilles (Fourrures). L’œuvre a appartenu au célèbre marchand, défenseur du cubisme, Daniel-Henry Kahnweiler, dont les biens ont été vendus à partir de 1921. Ce collage s’est donc retrouvé, après sa cession à l’Hôtel Drouot les 7 et 8 mai 1923, aux mains de Raoul La Roche (1889-1965), banquier suisse et grand mécène de l’avant-garde parisienne. Verres et bouteilles (Fourrures) est resté dans la famille par héritage, apparaissant aujourd’hui sur le marché pour la première fois en presque cent ans. Son importance majeure dans le travail de Braque est encore confirmée par sa présence au Kunstmuseum à Bâle, en 1998, lors de l’exposition « Une maison pour le cubisme. » Au dos, elle conserve le numéro adhésif bleu de la vente des biens de Kahnweiler à Drouot et les débuts d’un dessin jeté au fusain. En 1912, Georges Braque et Pablo Picasso empruntaient une voie radicale avec les collages. La liberté qu’ils prennent alors ouvre des voies dans lesquelles s’engouffreront bien des avant-gardes artistiques. Sur des principes chers aux cubistes, les bouteilles et verres disparaissent au profit de lignes éclatées, jeu de perspective et de géométrie. L’usage du faux bois sur fusain est un classique dans les collages de Braque. Rompu à l’exercice de la nature morte, bien plus que Picasso si l’on en croit les jugements de Matisse, Braque peut jouer sur la répétition des motifs, sur les matières et les reliefs pour gommer la silhouette des formes dessinées, la plupart du temps des instruments de musique ou des échiquiers. Tout ici s’oppose aux conventions des modelés et de la perspective : ce nouveau vocabulaire visuel est avant tout une bataille contre l’histoire de la représentation dans les arts visuels.

Agenda
Des noms tout aussi connus mais des estimations moins vertigineuses, à commencer par une femme assise en bronze d'Henri Laurens (40 000 CHF), des aquarelles de Giovanni Giacometti, estimées 20 000 CHF, une silhouette de femme à la gouache sur carton par Hodler ne dépassant peut-être pas 25 000 CHF et deux aquarelles représentant des fleurs par Kokoschka dont la valeur se situe autour de 40 000 CHF. 
vendredi 17 septembre 2021 - 14:00
Berne - Laupenstrasse, 41 - CH-3008
Galerie Kornfeld
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