Le mirage de l’or

Le 07 novembre 2019, par Agathe Albi-Gervy

Sous l’or de cet aureus brillent les portraits de Julia Domna, seconde épouse de Septime Sévère, et de ses fils Caracalla et Geta. Mais derrière l’apparente concorde familiale, la réalité est bien plus sombre.

Septime Sévère (193-211), aureus, 196-211, poids : 7,14 g.
Estimation : 100 000/120 000 

Fille du grand prêtre du dieu Baal d’Emèse, actuelle Homs en Syrie, Julia Domna (vers 170-217) parvient à s’imposer à Rome comme une femme puissante et influente. On la connaît surtout pour son grand rôle de mécène des arts, de la musique et de la philosophie, comptant dans son cercle l’historien Cassius Dio, le médecin Claude Galien, le jurisconsulte Papinien et d’autres intellectuels de premier plan. On la surnommait même « la philosophe ». Ambitieuse, dotée d’une volonté de fer, elle soutient son fils aîné Caracalla (188-217) dans sa conquête du trône, à la mort de Septime Sévère en 211. Le jeune despote, ne supportant pas la menace que représente son frère cadet Geta (189-211), le fait assassiner un jour de décembre 211, dans les bras de leur mère. De ce coup de force, elle sortit physiquement et moralement meurtrie, tandis que sa relation avec Caracalla s’en trouva définitivement brisée. À travers le présent aureus, frappé entre 196 et 211, la propagande impériale souhaite imposer une image de concorde familiale, les deux enfants se faisant face, un sourire esquissé aux lèvres, derrière le portrait de leur mère aimante, pleine de dignité et de sagesse. Ses yeux en amande et sa coiffure caractéristique, en sillons crantés et ramenés sous la nuque en un grand chignon tressé, individualisent cette image officielle. Les pièces avec portraits multiples sont extrêmement rares sur le marché ; davantage courants sont les aurei associant Septime Sévère avec, au revers, sa femme et ses deux fils, ou encore Julia Domna seule, accompagnée de l’allégorie de la Piété.

Agenda
Le premier des deux jours de ventes mêle numismatique, beaux-arts et objets de vertu. Un portrait du grand-duc Georges Mikhaïlovitch de Russie représenté avec son setter Feldmann dans un petit tableau de Narcisse Nikolaïevitch Bunin, daté de 1888 (15 000/20 000 €) y côtoie une femme étendant son linge sous le pinceau de Camille Pissarro (550 000/650 000 €), un aureus fabriqué à Rome sous Septime Sévère, dont l'épouse Julia Domna et les enfants Caracalla et Geta ont prêté leurs traits aux deux faces de la pièce (100 000/120 000 €), et un tétradrachme figurant les profils de Cléopâtre VII et Marc-Antoine (50 000/60 000 €). De l'art russe au programme du second jour, signalons un portrait de femme par Makovsky (225 000/250 000 €), un coucher de soleil sur la mer par Aivazovsky (150 000/180 000 €), un rare exemple du Flora Rossica du scientifique P.S. Pallas (30 000/50 000 €) et un paysage capturé à l'aquarelle par Camilla Albertovna Benois (3 000/5 000 €), au milieu d'autres pièces d'orfèvrerie, documents historiques et ouvrages.
dimanche 17 novembre 2019 - 12:00, 15:30, 17:30 - Live
Monaco - Hôtel Le Méridien Beach Plaza, 22, avenue Princesse Grace - 98000
Hermitage Fine Art
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