Des Inuits aux baleiniers américains

Le 11 février 2020, par Caroline Legrand

Vous avez dit scrimshaw ? Un mot et un objet à (re)découvrir lors d’une vente rennaise sur le thème de la marine, avec ce rare et étonnant porte-montre réalisé à bord du baleinier Milo.

États-Unis, vers 1850. Scrimshaw Ship Milo, porte-montre, dents de cachalot polies et gravées et fanon de baleine, 12,5 17 cm.
Estimation: 3 000/6 000 

L’origine de ce terme serait celtique. Le scrimshaw serait en effet né de la déformation de l’expression châm charch, signifiant «travail inutile». Les marins bretons ont pu découvrir lors de leurs lointaines expéditions de pêche, à Terre-Neuve ou dans d’autres régions arctiques, ces objets décoratifs de l’artisanat inuit. La technique ? Il s’agit d’un travail de gravure, à l’origine réalisé à l’aide d’une aiguille dure en os de poisson, sur des défenses de morse. Au XIXe siècle, cette coutume se propage à bord des baleiniers partis des États-Unis. Les matelots s’adonnent à leur tour pendant le repos à embellir dents de cachalot ou d’orque. Ils polissent la surface puis la gravent à l’aide d’un couteau ou d’une aiguille de vues variées, «composées par les marins eux-mêmes ou décalquées d’après des images découpées dans des journaux», précise le spécialiste Philippe Neveu ; les représentations de trois-mâts baleiniers, les scènes de chasse au cachalot ou les portraits de personnages célèbres sont sujets fréquents. Ces pièces étaient ensuite offertes par les marins à leur bien-aimée ou revendues dans les ports. Ce scrimshaw est quant à lui un rare modèle de porte-montre fabriqué à bord du Milo, dont le journal de bord est conservé au New Bedford Whaling Museum, d’ailleurs représenté sur ces deux gravures. Il est constitué de deux dents de cachalot, mais aussi d’un fanon de baleine, percé en son milieu d’une «lumière» cerclée d’ivoire marin et surmonté d’une flamme. Un hommage à ces héros de la mer.

Agenda
La totalité des 260 lots portent sur le thème de la marine. Les estimations fluctueront de 30 à 40 000 €, mais deux pièces se distingueront particulièrement : une maquette en ivoire, travail dieppois vers 1814-1815, figurant le vaisseau à trois-ponts Royal Louis battant pavillon blanc (20 000/40 000 € - Voir Zoom en régions page 26), et la coque d'une maquette de vaisseau de troisième rang du XVIIe siècle, armée de cinquante-six canons, ornée d'une figure de l'Apollon rhodien, symbole de Louis XIV (15 000/20 000 €). On remarquera encore au programme un scrimshaw réalisé à bord du baleinier américain le Milo vers 1850 (3 000/6 000 €), une toile de Roger Chapelet, Bateau pilote à la rencontre du « Cutty Sark » au bon plein (4 000/6 000 €), ou un chronomètre de marine par Thomas Porthouse – fabricant également de montres de précision à Londres et qui collabora notamment avec Greenwich pour parfaire la mesure de l'heure – vers 1840, protégé par un coffret en palissandre à trois niveaux (2 400/3 400 €). 
lundi 17 février 2020 - 14:00
Rennes - 32, place des Lices - 35000
Rennes Enchères
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