Une Madone de Sassoferrato

Le 03 décembre 2020, par Sophie Reyssat

Vierge de Sassoferrato ou voladores latino-américains, la spiritualité est au programme.

Giovanni Battista Salvi, dit Sassoferrato (1609-1685), Vierge en prière, huile sur toile, 44 31 cm (détail).
Estimation : 80 000/100 000 

La peinture religieuse sera l’une des attractions de cette dispersion de tableaux anciens. Le Christ enseignant aux docteurs est ainsi attribué à Domínikos Theotokópoulos, dit le Greco. Sa facture est à rapprocher des œuvres de ses débuts, alors que le peintre, formé à la peinture d’icônes byzantines, est influencé par le maniérisme italien, découvert à Venise puis à Rome. Ce petit format (62,4 70,2 cm) accueille ainsi une composition monumentale, marquée par l’élancement des personnages en mouvement, et les teintes acidulées (80 000/100 000 €). La pureté des couleurs choisies par Giovanni Battista Salvi, dit Sassoferrato, n’a d’égal que la subtilité de sa lumière, caressant le visage délicat de ses Madones. En témoignera une Vierge en prières, dont la toile, parfaitement conservée, a bénéficié des soins de la restauratrice Laurence Baron-Callegari (voir page de droite). La collection d’Enrique Freymann accroche aux cimaises des peintures latino-américaines des XVIIe et XVIIIsiècles, réunies par cet érudit d’origine mexicaine qui dirigea la maison d’édition Hermann, à partir de 1926. Une occasion à ne pas manquer, de telles œuvres étant rares sur le marché français. La plus remarquable est la toile reproduite (ci-contre), qui décrit une cérémonie rituelle ancestrale symbolisant le respect des hommes à l’égard de la nature et des dieux, afin de garantir la prospérité de la communauté. Portés par la musique jouée en l’honneur du soleil par le «caporal», perché au sommet d’un mât haut de dix-huit à quarante mètres, quatre jeunes hommes se jettent dans le vide depuis les points cardinaux. La corde qui les rattache au sommet, progressivement déroulée, leur permet de tournoyer jusqu’au sol en imitant le vol d’un oiseau. La manière de cette œuvre laisse penser qu’elle a été peinte par un artiste connaissant les traditions picturales de l’Europe du Nord ou de l’Italie. Il livre ici un précieux témoignage des coutumes locales, encore vivaces malgré l’arrivée des Espagnols sur le continent.
 

École coloniale du XVIe siècle, La Danse du volador, huile sur toile, 72,5 x 52,5 cm. Estimation : 60 000/80 000 €  
École coloniale du XVIe siècle, La Danse du volador, huile sur toile, 72,5 52,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

 
Agenda

Le jeudi 10, à 14 h 30, une centaine de tableaux anciens remontera le temps jusqu’à la fin du XVe siècle avec des œuvres religieuses, dont deux Madones de Giovanni Battista Salvi, dit Sassoferrato, seront les ambassadrices (entre 30 000 et 100 000 €). Le Portrait de sœur Juana, peint par le mexicain Domingo Ortiz au XVIIIe siècle (40 000/60 000 €), côtoiera la tradition précolombienne de La Danse du Volador, immortalisée au siècle précédent (60 000/80 000 €). Ces œuvres font partie de la collection de peintures latino-américaines d’Enrique Freymann. Les dessins ne seront pas oubliés : un écureuil, minutieusement décrit à l’aquarelle par l’Autrichien Aloys Zötl, en 1835, accompagné de sa description scientifique succincte, est attendu autour de 50 000 €. Les peintres britaniques seront également au rendez-vous, comme Joshua Reynolds, immortalisant Paul-Henry Ourry au XVIIIe siècle (30 000/40 000 €).

jeudi 10 décembre 2020 - 14:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
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