Inimitable François Linke

Le 02 juin 2021, par Caroline Legrand

Entre pastiche et création originale, François Linke a su produire des meubles d’exception, appréciés de leur temps et aujourd’hui fort convoités.

Attribuée à François Linke (1855-1946), vitrine de style Louis XV en acajou, bronzes dorés et ciselés, dessus de marbre, 154 143 45 cm.
Estimation : 12 000/15 000 

Au premier regard, il nous semble reconnaître des bronzes de Charles Cressent dans cette élégante figure féminine placée au centre d’un écusson feuillagé et dansant sur un piédestal.
Mais si l’on y regarde de plus près, on ne peut ignorer ce petit grain de fantaisie, ce mouvement ainsi qu’une richesse décorative qui ne collent pas avec le début du XVIII
e siècle. Tout le génie de François Linke est là : réussir à créer des meubles finalement très personnels et reconnaissables en s’inspirant des styles passés. Si ce goût pour le pastiche a débuté dans les années 1820 en France, avec le penchant de la duchesse de Berry pour le gothique, la tendance s’est confirmée sous Louis-Philippe, qui voulait rassembler le pays autour de son héritage historique et patrimonial. À une époque marquée par l’éclectisme, de nombreux ébénistes répondent en se tournant vers les pastiches ; ils reprennent en particulier les canons du Louis XV, l’un des styles les plus prisés pour sa fantaisie, ses lignes galbées et ses décors rocaille. Aux côtés de François Linke, nombreux sont ceux à s’engager sur cette voie, notamment Henry Dasson et Alfred II Beurdeley. Né à Sant Pankraz, en Bohême, Linke a commencé très jeune son apprentissage, avant de faire son tour de compagnon en Autriche. Paris fait alors rêver des ouvriers de toute l’Europe : après avoir travaillé à peine deux ans à Vienne, il vient s’installer en France en 1875. Il s’y mariera et ouvrira son atelier en 1881. François Linke a fait le bon choix dans sa production, puisque en vingt années son atelier est passé d’une à quatre-vingt-dix personnes. Tous travaillent à son service dans sa fabrique du 170, Faubourg-Saint Antoine. Il s’agit d’une véritable entreprise moderne, qui adopte les nouvelles techniques de production, garantissant une qualité optimale de fabrication. Linke peut bientôt également se permettre d’ouvrir une succursale place Vendôme, un lieu idéal pour attirer les prestigieux clients. La consécration officielle viendra à l’Exposition universelle de 1900, avec l’obtention d’une médaille d’or pour un bureau de style rocaille. Contrairement à certains de ses confrères, et jusqu’au milieu des années 1930, son activité ne faiblira pas.

Agenda
Une belle vitrine de style Louis XV, attribuée à François Linke (12 000/15 000 €), côtoiera dans ce programme de nombreux instruments de musique parmi lesquels un saxophone ténor Henri Selmer, SuperAction 80 Série II (2 000/3 000 €), et un violon fait à Mirecourt par Amédée Dieudonné en 1948 (1 000/1 200 €). Retour à un programme plus classique avec une garniture de cheminée en marbre et bronze doré et patiné, à décor de putti et vases à l'antique, issue d'un travail français vers 1900 (3 000/4 000 €), et un miroir à parecloses Louis XV en bois doré et sculpté, à décor de pampres de vigne entrelacés (2 000/2 500 €). 
jeudi 10 juin 2021 - 14:30
Mâcon - 1, avenue Édouard-Herriot - 71000
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