Qui se ressemble s’assemble

Le 20 mai 2020, par Claire Papon

Elles ne sont pas nées en même temps, mais elles forment une paire presque plus vraie que nature et proviennent de la descendance de la marquise de X…

Estampillées Pierre Chevallier, Paris vers 1745-1749, suite de deux commodes en vernis Martin pouvant former paire, galbées toutes faces, bronzes ciselés dorés, 91 158 68 cm.
Estimation : 50 000/80 000 

Même silhouette galbée sur les trois faces, même tiroirs sans traverse, le deuxième formant cul-de-lampe, et surtout même décor naturaliste en vernis Martin pour ces deux commodes estampillées Charles Chevallier. Toutes deux sont recouvertes d’un décor en camaïeu bleu sur fond blanc, peint à l’huile, verni et poli d’oiseaux et de plantes à fruits et à fleurs et de rochers percés. Elles sont enrichies de bronzes dorés ciselés, dont l’un porte la trace du «C» couronné, marque sanctionnant un impôt payé sur les bronzes et les cuivres entre 1745 et 1749. Cet ensemble rappelle la commode et l’encoignure provenant de la chambre bleue de madame de Mailly au château de Choisy, réalisées par Mathieu Criaerd (vers 1689-1776) – et conservées aujourd’hui au musée du Louvre – probablement à l’initiative du marchand mercier Thomas-Joaquim Hébert vers 1742-1743. Sur l’une de nos commodes se retrouve un volatile à aigrette proche de celui figurant sur des meubles exécutés pour s’assortir à une soierie bleue filée par la favorite de Louis XV, affectée à sa chambre, et pour répondre à son goût pour les œuvres d’art orientales.
Inspiré des tissus dits indiennes, le décor de nos meubles évoque l’ambiance d’un Extrême-Orient de fantaisie mis au goût du jour par les peintres Alexis Peyrotte, François Boucher et surtout Christophe Huet (1700-1759), dont des panneaux peints d’oiseaux à aigrette sont visibles aux châteaux de Chantilly et de Champs-sur-Marne. C’est aux frères Étienne-Simon et Guillaume Martin, fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne, en revanche, que l’on doit la réalisation du vernis, imitation de laque à base de copal mise au point en 1728, et destinée à concurrencer celles de Chine. Guillaume Martin est d’ailleurs apparenté à la famille des ébénistes Chevallier, Charles, l’auteur de nos commodes, l’étant lui-même à Mathieu Criaerd. L’inventaire après décès de Charles Chevallier, dressé le 24 juillet 1771, témoigne de sa réussite. La valeur des marchandises s’élève en effet à plus de 10 
000 livres et leur quantité est tout aussi impressionnante qui révèle 105 corps de commodes, dont 16 habillés de vernis Martin. Mais aucun établi… Ce qui tendrait à penser que Chevallier assemblait des meubles qu’il faisait fabriquer par Criaerd ou par les Saunier. Tel un chef d’orchestre.

Panorama (avant-vente)

La vogue des chinoiseries

Véritable tableau miniature, ce petit coffret (10,5 x 24,5 25 cm) marqueté d’écaille rouge, de laiton, d’étain et de nacre met en scène trois personnages en costume chinois entre deux palmiers, dans un entourage de fleurs et feuilles de roses, et de flèches. Son auteur ? Probablement Hendrick Van Soest (1659-après 1726), ébéniste et marchand flamand, propriétaire de deux magasins à Anvers et Bruxelles, qui livra à l’électeur de Bavière et au roi Philippe V d’Espagne quatre cabinets, dont deux ayant figuré dans la collection Gustave de Rothschild. Outre les décors inspirés de la mythologie et de la Bible, Van Soest fut attiré par les «chinoiseries». Cette boîte, exécutée vers 1690-1700, est annoncée à 3 000/5 000 jeudi 28, salle 4 à Drouot chez Fraysse & Associés.

Agenda
Des tableaux anciens, le plus prisé (10 000/15 000 €) devrait être un portrait de Femme à la robe rouge de Nicolas de Largillière, tandis que 3 000/5 000 € sont avancés sur un portrait de Sybille de Jacques de Letin appartenant à une série de sept aujourd'hui dispersée qui décorait la maison Carteron – descendants du peintre – au Ricey, au sud-est de Troyes. On suivra Albert Marquet sur les berges de la Seine dans l'ouest parisien pour un Moulin à Villennes (20 000/30 000 €), tandis qu'en vitrines on surveillera une collection de supports de châtelaines en or émaillé (1 000 à 2 500 €), une autre de cachets et en or égalemen,t XVIIIe et XIXe (400 à 1 000 €), une enfin de camées emmenée par une broche (début XIXe) en or jaune ornée en cornaline de Vestales et Haruspice (4 000/6 000 €). Des objets de décoration on a retenu une Sainte Anne trinitaire en tilleul sculpté, doré polychrome (Allemagne du Sud, vers 1520), tandis qu'au chapitre du mobilier l'on poussera jusqu'à 50 000/80 000 € pour une suite de deux commodes en vernis Martin d'époque Louis XV, et jusqu'à 12 000/18 000 € pour un fauteuil en bois laqué gris rechampi de Jean-Jacques Pothier. La patience des amateurs de tapisseries sera récompensée par une pièce de la manufacture des Gobelins (1756) tissée d'après des cartons de Charles Coypel et Claude Audran, figurant Don Quichotte et les marionnettes. Son estimation ? 15 000/20 000 €.
jeudi 28 mai 2020 - 14:15 - Live
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Fraysse & Associés
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