Surréalisme et art déco

Le 11 juin 2020, par Sophie Reyssat

Ce nouveau volet des dispersions Aristophil met l’accent sur la créativité des années 1920-1930.

André Breton (1896-1966), Manifeste du surréalisme. Poisson soluble, édition originale, Paris, éditions du Sagittaire, 1924, in-12 à grandes marges, reliure métallique de Paul Bonet [1931].
Estimation : 80 000/100 000 €

Cette vacation est le dernier des quatre rendez-vous programmés en juin par les opérateurs de ventes pour les collections Aristophil. Parmi les lots de premier plan, figurent un ensemble de documents évoquant le souvenir de Marcel Proust –des lettres autographes et des manuscrits, des dessins originaux, des épreuves corrigées et des portraits photographiques –, et des lettres adressées par Franz Kafka à son médecin et dernier ami Robert Klopstock, dans une fourchette de 100 000 à 150 000 €. L’essentiel du programme se concentre cependant sur les années 1920-1930. Le premier conflit mondial a été le creuset de ces Années folles qui lui succèdent, entre rejet de l’ordre établi et bouillonnement artistique. L’époque est au surréalisme, particulièrement bien représenté, grâce à douze lots évoquant le souvenir d’André Breton. « J’ai foi en toi… Que rien ne t’arrête », lui écrit Léona Delcourt dans cinq lettres rédigées au tournant de 1927 (20 000/30 000 €). Celle qui s’était choisie pour surnom celui de Nadja – le début du mot russe « espérance » –, fascina le poète qui écrivit en dix jours le récit de leur fulgurante rencontre amoureuse. La prophétie de cette danseuse et courtisane au destin tragique allait se réaliser, la notoriété de Breton étant en marche depuis la sortie de son premier livre Mont de piété, paru en 1919. Le manuscrit autographe complet de ce recueil de poèmes, soigneusement calligraphié par son auteur en vue de son impression, sera proposé autour de 60 000 €, avec le premier exemplaire sur japon édité pour son illustrateur, André Derain. L’incontournable Manifeste du surréalisme. Poisson soluble sera à l’honneur avec un volume accompagné de pages autographes et de textes inédits rédigés entre 1920 et 1929. Il s’agit du premier des dix-neuf exemplaires sur papier pur fil Lafuma à grandes marges, et le seul tirage sur grand papier, publié en 1924 par les éditions du Sagittaire. Paul Bonnet l’a habillé de métal, une innovation dans la carrière du relieur (80 000/100 000 €). 
 

Cet album, publié par Paul Poiret en 1908, est le premier à réunir une collection de vêtements haute couture dessinés par un artiste. Une
Cet album, publié par Paul Poiret en 1908, est le premier à réunir une collection de vêtements haute couture dessinés par un artiste. Une attention destinée à une clientèle internationale d’élégantes huppées, sensibles au style révolutionnaire du couturier. Celui-ci est admirablement illustré par les dix planches de Paul Iribe (1883-1935), animées par des aplats de couleurs vives au pochoir. Luxe oblige, cette édition originale a été limitée à 250 exemplaires numérotés sur hollande. La reliure, exécutée par Jean de Gonet en 1991, participe au raffinement de cet in-4°. Elle joue avec les textures du galuchat, si apprécié à l’époque art déco, et du veau gaufré, par ailleurs riveté comme pourrait être agrafé le riche tissu d’un vêtement à la coupe recherchée. Pour admirer Les Robes de Paul Poiret, entre 12 000 et 15 000 € seront nécessaires.
Peintre, graveur et illustrateur formé aux arts du livre, François-Louis Schmied laisse s’exprimer tous ses talents en devenant éditeur, e
Peintre, graveur et illustrateur formé aux arts du livre, François-Louis Schmied laisse s’exprimer tous ses talents en devenant éditeur, en 1922. Dix ouvrages en feront l’illustration, proposés entre 4 000 et 70 000 €. Schmied a collaboré avec les meilleurs artistes de son temps, comme Jean Dunand. Il a notamment fait appel à lui pour enrichir une précieuse édition des Deux contes d’Oscar Wilde – un volume de texte, l’autre de suites –, reliée dans son atelier pour lui-même, en 1926. À partir des compositions de Schmied, Dunand a ainsi réalisé deux laques à fond de coquille d’œuf pour les contre-plats du premier volume : un rossignol et une rose. Ces sujets raffinés contrastent avec les plats à décor géométrique, également dessinés par l’éditeur (20 000/30 000 €).

Le mouvement art déco a intégré les enseignements d’une révolution artistique théorisée en 1912 par Albert Gleizes et Jean Metzinger dans
Le mouvement art déco a intégré les enseignements d’une révolution artistique théorisée en 1912 par Albert Gleizes et Jean Metzinger dans leur essai Du cubisme. L’intérêt suscité par l’ouvrage de ces pionniers a motivé la publication de cette édition augmentée illustrée de gravures originales, un in-4° tiré à 455 exemplaires par la Compagnie française des arts graphiques, en 1947 (10 000/15 000 €). Cet exemplaire de tête sur papier d’Auvergne compte deux suites supplémentaires, en noir et en bistre sur japon ancien. On y retrouve les œuvres de Marcel Duchamp, Albert Gleizes, Marie Laurencin, Jean Metzinger, Francis Picabia, Pablo Picasso, Jacques Villon, Georges Braque, André Derain, Juan Gris et Fernand Léger. Hommage leur est rendu par cette reliure, signée Pierre-Lucien Martin en 1973.
Jean Dupas (1882-1964) est lui aussi un grand représentant de l’art déco, comme en témoigne Le Bain, un dessin au fusain de 1936, sur papi
Jean Dupas (1882-1964) est lui aussi un grand représentant de l’art déco, comme en témoigne Le Bain, un dessin au fusain de 1936, sur papier découpé et contrecollé sur carton (52 69 cm), raisonnablement proposé entre 1 500 et 2 000 €. L’artiste, qui a remporté le prix de Rome en 1910, avec une œuvre académique, fait sensation avec Les Perruches, présentées à l’Exposition internationale des Arts décoratifs industriels et modernes de 1925. Comme ici, les femmes élancées sont sculptées par la simplification des volumes, qui leur confère une volupté nouvelle allant de pair avec leur émancipation progressive. L’artiste a exploré toutes les techniques, des affiches aux illustrations de mode, en passant par les fresques monumentales et les peintures sur verre églomisé des paquebots.
Agenda

Près de 200 œuvres de la collection Aristophil, correspondant à la période des années 1920-1930, seront dispersées le dimanche 19, dans une fourchette de 500 à 150 000 €. Ce dernier montant pourrait être atteint par un ensemble de lettres, dessins et photographies en lien avec Marcel Proust. Le souvenir d’André Breton sera également richement évoqué. L’édition originale de son Manifeste du surréalisme, revêtue de la première reliure métallique de Paul Bonnet, est en effet attendue autour de 90 000 €. Autre pièce remarquable, Artine, le recueil de poèmes de René Char, dont l’un des deux seuls exemplaires hors commerce, celui réservé à Salvador Dalí, est attendu autour de 40 000 €. L’histoire du surréalisme sera évoquée par 337 lettres et documents adressés à Leonor Fini, dont l’univers artistique sera ainsi retracé moyennant quelque 17 500 €. Les belles reliures seront également remarquées, comme celle de Jean de Gonet, allant de pair avec l’album raffiné de Paul Iribe : Les Robes de Paul Poiret (12 000/15 000 €). Comptez encore environ 25 000 € pour Peau-Brune, de St-Nazaire à la Ciotat, journal de bord de François-Louis Schmied. Tenu sur le voilier décoré par Jean Dunand, il contient une laque de ce dernier et une gouache d’Athéna signée Schmied (20 000/30 000 €).

vendredi 19 juin 2020 - 14:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes , Les Collections Aristophil
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