Baudelaire vu par Asselineau

Le 14 novembre 2019, par Sophie Reyssat

Baudelaire, mais aussi Sartre et Céline sont à l’affiche d’une vente de manuscrits.

Charles Asselineau, manuscrit autographe intitulé Vie de Charles Baudelaire, 105 feuillets in-folio avec ratures et corrections, montés sur onglets, reliés à l’époque en un volume de parchemin à la bradel (R. Raparlier), étui-boîte en maroquin gris poli à l’agate (Renaud Vernier, 1983). Volume enrichi de trois documents.
Estimation : 80 000/120 000 

Personne n’était mieux placé que Charles Asselineau pour parler de Charles Baudelaire. Décrit comme un bibliophile distingué, un érudit et homme du monde par Charles Monselet dans ses portraits contemporains, il a rencontré le poète en 1845. Leur amitié est restée inébranlable jusque dans les moments les plus difficiles. Baudelaire a ainsi pu compter sur le soutien d’Asselineau au cœur de la tempête provoquée par la publication des Fleurs du mal, en 1857, dont ce dernier a d’ailleurs sorti une troisième édition avec Banville, onze ans plus tard. Le jour de l’inhumation de Baudelaire, au cimetière du Montparnasse, le critique a prononcé d’éloquentes paroles rappelant les qualités de son ami, un «grand cœur qui fut aussi un bon cœur», et n’a pas cessé de défendre sa mémoire contre les calomnies. Fidèle à lui-même, il est ainsi devenu son premier biographe, comme en témoigne ce manuscrit préparatoire pour l’édition originale de Charles Baudelaire : sa vie et son œuvre, parue chez Alphonse Lemerre en 1869, deux ans après la mort du poète. Asselineau y a réuni ses souvenirs et s’est appuyé sur les écrits publiés et inédits de l’écrivain pour parler de l’homme au-delà de son œuvre. Trois documents enrichissent ce manuscrit, mettant en lumière à la fois le travail de plume et les amitiés de Baudelaire. Deux ont été joints au volume par Asselineau lui-même : une épreuve corrigée par Baudelaire de son poème «L’Âme du vin», et son portrait photographique par Nadar. Un autre, gravé à l’eau-forte d’après Édouard Manet, a été ajouté ultérieurement par le libraire Lucien Scheler. D’autres monuments de la littérature seront au rendez-vous, moyennant 20 000 à 30 000 €. Titré Les Affections du cœur, un manuscrit de Jean-Paul Sartre préfigure ainsi Les Mots. Dans cette ébauche, l’une des plus riches, il aborde les principaux thèmes développés dans l’œuvre qu’il mettra près de dix ans à finaliser. Louis-Ferdinand Céline est quant à lui évoqué par un chapitre presque entier de Nord, présentant d’importantes divergences avec le roman publié : il avait en effet l’habitude de réécrire ses premières versions, plutôt que de les amender par des corrections.

Agenda

Baudelaire, dont la vie a été retracée par son ami Asselineau dans un manuscrit autographe attendu autour de 100 000 €, ne sera pas le seul homme de lettres à attirer l’attention par des manuscrits. Outre Sartre et Céline, Kessel sera présent avec son article titré Dunkerque, témoignage en direct de l’opération "Dynamo", destinée à évacuer les troupes alliées encerclées par la Wehrmacht, en 1940 (4 000/5 000 €). L’histoire sera également au rendez-vous, grâce à Marie-Antoinette, relatant la venue en France du tsarevitch – futur Paul Ier -, dans le contexte officieux du partage de l’Empire ottoman envisagé par la Russie et l’Autriche (8 000/10 000 €). La légèreté sera de mise avec les portées pour chant et piano, tracées par Puccini en 1885, pour l’air de Roberto de son opéra, Le Villi (2 000/3 000 €). L’esprit d’Einstein sera apprécié pour son humour, perceptible dans une carte postale de 1913 : « je suis dans une Académie comme un corbeau dans une volière à perroquets », affirme le scientifique à propos d’une place qui venait de lui être proposée à l’Académie de Berlin (600/800 €).

samedi 16 novembre 2019 - 14:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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