L’union fait la force

Le 12 mars 2020, par Claire Papon

Une fois n’est pas coutume, ce livre d’heures a été réalisé à quatre mains, par Philippe de Gueldre et Étienne Poncher. Il est aussi l’un des ouvrages à retenir de la vente de la bibliothèque Robert Beauvillain.

France, vers 1500. Livre d’heures à l’usage de Paris, manuscrit en latin et en français, enluminé sur parchemin, 153 feuillets, reliure pastiche de maroquin brun du XIXe siècle.
Estimation : 25 000/35 000 

La chose n’est pas courante semble-t-il et constitue un bel exemple de l’association de deux peintres éminemment parisiens vers 1500. Conservé dans une grande fraîcheur, ce cycle déploie dix-huit grandes miniatures et quarante-trois petites, dont vingt-quatre pour le calendrier. Ces dernières sont réalisées par le maître d’Étienne Poncher, illustrant les douze mois de l’année par des travaux – repas servi devant l’âtre, taille des vignes, moissons, vannage, semailles, foulage du raisin, cuisson du pain… – et un signe du zodiaque. Le peintre, formé probablement auprès du maître de Jacques de Besançon, alias François Barbier, doit son nom à l’évêque de Paris de 1502 à 1519, pour lequel il enlumine deux manuscrits, mais on dénombre aussi vingt-quatre livres d’heures pour des personnages issus de la noblesse. Les nez en trompette, les visages ovoïdes et les fronts larges, les regards formés d’une grosse pupille ronde cernés de noir sont autant de signatures. L’autre artiste, formé semble-t-il à Bourges, doit son nom à la seconde épouse de René II, duc de Lorraine, Philippe de Gueldre, pour laquelle il peint une Vie du Christ en 1506. Il travailla également pour Louis XII et Louise de Savoie à l’illustration de manuscrits et de livres imprimés. Cet ouvrage reflète la tendance, à partir de la fin du XVe siècle, à la collaboration entre mains spécialisées, plutôt réservée jusque-là aux commandes d’exception.

Au fil des heures du Maître de Luçon

Le 28 mai 2020, par Claire Papon

Ce livre d’heures de la bibliothèque Beauvillain attribué au Maître de Luçon rappelle l’âge d’or de la miniature, à l’époque du duc de Berry.

France, Paris, vers 1400-1410. Livre d’heures à l’usage de Rome (heures de la Vierge et office des morts) de Pierre Soppite et Marie Deschevert, manuscrit en latin sur parchemin enluminé de treize miniatures, 151 feuillets.
Estimation : 250 000/350 000 

Son époque parle pour lui. C’est celle du duc Jean de Berry (1340-1416). Le chatoiement et la délicatesse de ses miniatures aussi. Elles sont attribuées au Maître de Luçon ou Maître d’Étienne Loypeau, artiste actif à Paris entre 1390 et 1415-1417 et dont une vingtaine de manuscrits religieux sont conservés dans les collections publiques. À partir de 1406, diversifiant sa production, il commence à travailler pour des aristocrates, et notamment des membres des familles Berry et Bourgogne dont il décore traités de morale et textes profanes. Les treize miniatures de notre livre d’heures témoignent de son attachement aux formules héritées du XIVe siècle : fonds traditionnels mosaïqués ou à losanges, sols nus, costumes aux couleurs sobres mais aux drapés bien définis, arrière-plans de rochers escarpés, entourages de fleurs et feuilles de vigne. Le manuscrit, traditionnel, copié et enluminé à Paris, convoque toutefois des saints berruyers et tourangeaux. Si son commanditaire peut donc avoir des attaches dans l’une de ces deux régions, une mention manuscrite et une date – celle de 1661 – précisent qu’il a appartenu à Marie Deschevert et Pierre Soppite, sieur de Louveciennes, conseiller et premier valet de chambre de Louis XIV. Dans les années 1830-1840, il fait partie de la collection Clicquot à Reims. De quoi faire pétiller aujourd’hui les enchères de la bibliothèque Beauvillain (voir l'article de l'Événement Robert Beauvillain, pour l’amour des livres illustrés Gazette n° 8, page 10).

vendredi 05 juin 2020 - 14:00 - Live
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Binoche et Giquello
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