Sisley à maturité

Le 15 septembre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Formé dans l’atelier du peintre suisse Charles Gleyre, aux côtés de Monet, Bazille et Renoir, Sisley s’oppose très vite à l’esprit académique et s’engouffre dans la voie impressionniste.

Alfred Sisley (1839-1899), Église de Saint-Mammès, vers 1885-1886, huile sur panneau, 27 35 cm.
Estimation : 120 000/180 000 CHF

Peintre exclusivement paysagiste, Sisley ne pouvait que prendre ses distances avec les principes conventionnels et leur hiérarchie des genres qui reléguaient le paysage au dernier rang des sujets en peinture. « Douce, délicate et frissonnante » : ce sont les mots qu’emploie Gustave Geffroy, critique d’art de renom qui fréquentait les peintres du tournant du siècle, pour parler de son travail. Le décrivant comme « un artiste capable d’organiser l’allégresse au milieu d’un fouillis lumineux », il donne les clés pour comprendre le génie à l’œuvre dans cette vue de l’église de Saint-Mammès. Le sujet s’efface au profit d’une impression lumineuse rendue par des touches de peintures agitées, rapprochant ainsi Sisley de ses compatriotes britanniques Turner et Constable. Le peintre s’était installé non loin de cette église avec sa famille en 1879, à Moret-sur-Loing. Il y est happé par les richesses architecturales de la région, notamment médiévales, qui inspireront nombre de ses toiles d’alors, comme le Loing à Saint-Mammès (Muma, Le Havre). Cette huile sur panneau amorce un tournant chez l’artiste : l’édifice occupe la presque totalité de la surface peinte, comme un prélude à sa célèbre série de douze tableaux sur l’église de Moret, commencée quelques années plus tard et inspirée par celle de Monet sur la cathédrale de Rouen. C’est ici, sur les bords du canal du Loing, que Sisley atteint sa maturité artistique : le 2 juillet, son Tournant du Loing à Moret, dépassait ainsi 1 MCHF chez Koller à Zurich, à partir d’une estimation basse de 600 000 CHF. La rétrospective de l’Hôtel de Caumont, en 2017, à Aix-en-Provence, intitulée « Sisley, le plus paysagiste des impressionnistes » témoigne de la ferveur des institutions pour ses œuvres en plein air. Un engouement suivi par les collectionneurs puisque, la même année, Sotheby’s London adjugeait 7,3 M£ le record pour une huile de Sisley : Effet de neige à Louveciennes de 1874.

Agenda

La dispersion de la collection Catherine Gide devrait réserver quelques belles enchères. Une huile sur panneau d’Alfred Sisley (1839-1899), Église de Saint-Mammès, signée et datée 1885-1886, est justement évaluée à 150 000/250 000 CHF. On la retrouve dans le premier catalogue raisonné de l'œuvre peint de l'artiste, initié par François Daulte. Plus récente puisque datée de 1959, une toile signée du peintre japonais Takanori Oguiss (1901-1986), Cuisine du château, nécessitera 40 000/60 000 CHF. L’œuvre fut exposée au musée d’Art moderne de Kamakura en 1979. Enfin, le Portrait 4/89 du peintre et écrivain espagnol Antonio Saura (1930-1998), oscillant entre abstraction et figuration, est estimé à 40 000/60 000 CHF. L'huile sur toile sera ajoutée dans le catalogue raisonné de l’artiste, actuellement en préparation.

mercredi 22 septembre 2021 - 19:00 - Live
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