Les choix éclectiques du sénateur

Le 15 avril 2021, par Claire Papon

Élu de la Lozère, Paulin Daudé-Gleize fut à l’avant-garde des arts décoratifs, comme le montrent les pièces issues de sa collection et présentées dans cette vente.

François-Émile Décorchemont (1880-1971), grand vase Vipères en pâte de verre épaisse moulée à cire perdue à décor tournant de vipères, modèle n° 128, créé en 1920, réalisé en deux exemplaires, h. 25 cm, diam. 19 cm.
Estimation : 18 000/22 000 

Auguste Delaherche, Pierre-Adrien Dalpayrat, Auguste Heiligenstein, François-Émile Décorchemont… une cinquantaine de vases ou coupes en céramique, verre émaillé et pâte de verre réalisés par ces artistes ont eu les faveurs de Paulin Daudé-Gleize, parlementaire lozérien. Peintre enthousiasmé par les impressionnistes, Décorchemont se tourne vers les arts du feu et commence à façonner des grès qu’il cuit dans le four de sa chambre parisienne, au grand désespoir de ses voisins… Peu satisfait des résultats, il se tourne dès 1903 vers ce qui va devenir sa technique de prédilection : la pâte de verre. «Du verre écrasé, recuit longtemps et remodelé. Les moules sont là, on fait ses couleurs, on les emplit, on les enfourne à 1 250 degrés pendant douze heures, on fait son matériau soi-même, c’est tout», raconte l’artiste avec modestie. Comptez 2 000 à 20 000 € pour ses pièces, de 300 à près de 30 000 € pour celles des trois autres. Toutes ont fait partie de la collection de Paulin Daudé-Gleize (1862-1928). Né à Rhunes, devenu avocat, il est élu député de son département en 1902, puis sénateur quatre ans plus tard. Dans sa démarche de collectionneur, il est guidé par Géo (Georges) Rouart, amateur et érudit qui s’insurge contre la hiérarchie des arts et expose dans sa galerie parisienne – À la Paix, au 34, avenue de l’Opéra – des verreries de Décorchemont, des grès de Delaherche, Decœur, Dammouse, Chaplet, ainsi que des porcelaines de Saxe, de Nymphenburg et de Copenhague. Autant de productions que l’on trouve dans la collection du sénateur. Conservées par ses descendants, les pièces principales sont même pour certaines mises à l'abri dans une cave blindée… Sortent ainsi de leur secret écrin une Angélique enchaînée en taille directe en marbre de Carrare, d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse (30 000/40 000 €), une Fontaine aux grenouilles (1910) réalisée à Sèvres d’après une sculpture de Max Blondat (4 000/6 000 €), un important ensemble de vases à décor naturaliste et de sujets animaliers de la manufacture Royal Copenhague (estimations de 100 à 1 500 €).

Agenda
Une seule provenance dans cette dispersion : la collection du sénateur Paulin Daudé (1862-1928). Constituée au début du XXe siècle, elle a été conservée par sa famille. C'est elle qui s'en sépare aujourd'hui. Des porcelaines de Chine XIXe font écho à du mobilier Napoléon III et à un très grand vase (h. 125 cm) couvert XIXe en porcelaine monté en bronze doré, à décor de nymphe, oiseaux, angelots et insectes (800/1 200 €), à une fonte d'édition de Barbedienne d'un Thésée combattant le centaure Biénor d'Antoine-Louis Barye (10 000/15 000 €) et à une Angélique enchaînée en marbre de Carrare, signée Albert-Ernest Carrier-Belleuse (30 000/40 000 €). Plus original toutefois est l'ensemble de grès et de verres émaillés et de pâtes de verre qui suit. Leurs auteurs ont pour noms Fernand Rumèbe, Auguste Delaherche, Pierre-Adrien Dalpayrat (jardinière décorée en haut relief d'un crabe parmi les algues et les rochers, 20 000/30 000 €), Auguste Heiligenstein, et surtout François-Émile Décorchemont. De ce dernier, ce sont pas moins de vingt vases et coupes en pâte de verre à décor naturaliste que l'on pourra s'offrir moyennant 2 000 à 20 000 € environ. Direction le Danemark ensuite pour des vases et des plats à décor de fleurs et des sculptures animalières de Royal Copenhague ou Bing & Grondhal (est. 100 à 1 200 €).
vendredi 23 avril 2021 - 14:00 - Live
Salle V.V. - 3, rue Rossini - 75009
Millon
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