Un envoi inédit et mystérieux dans Le Rouge et le Noir

Le 24 septembre 2020, par Claire Papon

Cet exemplaire de Le Rouge et le Noir s’ajoute aux cinq enrichis d’un envoi autographe référencés jusqu’à présent. Une rareté donc, que les bibliophiles pourraient bien s’arracher…

Henri Beyle dit Stendhal (1783-1842), Le Rouge et le Noir, A. Levasseur, Paris, 1831, édition originale en deux volumes in-8°, faux-titre, titre orné d’une vignette d’Henry Monnier gravée par Porret, reliure d’époque en demi-basane noire et envoi autographe codé de l’auteur.
Estimation : 40 000/60 000 

Les volumes sont complets, et seule l’usure du temps a marqué le vélin fin de petites piqûres et de quelques rousseurs. Des défauts qui ne sauraient refroidir l’enthousiasme des collectionneurs ni celui – peut-être – des institutions… On ne connaissait que cinq spécimens de l’édition originale comportant sur la page de titre un envoi autographe, dont un seul nominatif, celui de la baronne Charles de Rothschild, conservé dans la famille. Les autres portent la mention «hommage de l’auteur» et, parmi ceux-ci, deux ont une provenance intime : celui de Félix Faure et celui d’Adolphe de Mareste (1784-1867), compagnon presque quotidien de Stendhal de 1821 à 1830. Nos exemplaires sont probablement les plus mystérieux, avec leur envoi codé «Hommage de l’auteu [r] P.241. A.29». S’il est fréquent à l’époque que certains envois soient rognés (ici de la lettre «r») – les relieurs n’en tenant pas compte quand ils massicotent –, cet ex-dono demeure aussi énigmatique dans sa signification que quant à son destinataire, fort probablement une femme. «P. 241» indiquerait-il la page 241, et «A.29» l’année 1829 ? Rédigé d’octobre 1829 à août 1830, Le Rouge et le Noir, sous-titré Chronique du XIXe siècle puis Chronique de 1830, est publié pour la première fois chez Levasseur, à Paris, le 13 novembre 1830, bien que l’édition originale mentionne la date de 1831. En avril 1829, Stendhal est amoureux d’Alberthe de Rubempré (1804-1873), surnommée Madame Azur parce qu’elle habitait rue Bleue. Leur brève liaison – «un mois tout au plus» – est compliquée, la dame continuant à avoir des relations intimes avec son cousin, Eugène Delacroix. Pour susciter la jalousie de la jeune femme – qu’il aime, dit-il, d’un «amour frénétique» –, Stendhal courtise Virginie Ancelot (1792-1875), femme de lettres et peintre, dont il fréquente le salon rue de Seine. On sait qu’il a envoyé un exemplaire de son roman à l’une et à l’autre… Il s’inspira en partie d’Alberthe pour peindre Mathilde de la Mole, seconde amante de Julien Sorel, qui méprise les hommes de son rang, tue l’ennui en se moquant d’eux, tout en lisant Voltaire en cachette.

Panorama (avant-vente)

Robe romantique à pedigree

Cette robe de cour aurait appartenu à duchesse de Berry mais a plus sûrement été réalisée vers 1828.

Il n’y a aucune certitude, mais une tradition familiale affirme que cette robe de cour aurait appartenu à Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry (1798-1870). La qualité du tissu et des broderies corrobore cette attribution. C’est vers 1828 qu’a été réalisée ce vêtement à motifs d’œillets en taffetas de soie de trois tons de rose, au point lancé, bordé de filets or et argent. Elle se compose d’un corsage à grand décolleté bateau baleiné dans le dos et petites manches ballon, d’une jupe à grand volant froncé et ondulé terminé par un croquet rehaussé d’une broderie, le bas étant agrémenté d’un galon ouatiné à bandes obliques. Une traîne, retenue à la taille par une ceinture à pointe assortie, complète cet ensemble estimé 8 000/12 000 €, conservé en bel état de fraîcheur et proposé mercredi 30 septembre, en salle 15, à Drouot par Tessier & Sarrou et Associés (M. Grassat, expert). Symbole de la passion du Christ, l’œillet est aussi celui du mariage ou d’une promesse d’amour. Il est complété ici d’épis de blé, images de richesse et de prospérité. Tout un programme…

Panorama (avant-vente)

À la duchesse de Berry ?

Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, pourrait avoir porté cette robe exécutée vers 1828.

Aucune certitude mais la qualité du tissu et des broderies plaide en faveur d’une attribution à la duchesse de Berry, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870). Sans oublier la tradition familiale, cette robe provenant de la descendance de madame d’Hespel, dans l’entourage de Louis XVIII. Comptez 8 000/12 000 € pour cette robe de cour à traîne en taffetas changeant rose et or à motifs d’œillets et de feuilles rebrodés en soie de trois tons de rose pâle au point lancé rehaussés de filés or. À l’œillet –  fleur de Dieu et symbole de l’amour – s’ajoutent des épis de blé, symbole de richesse et de prospérité. Exécutée vers 1828 et conservée en bel état de fraîcheur, cette tenue figure en bonne place dans la vente intitulée,
«La vie romantique», de
Tessier & Sarrou et Associés (M. Grassat, expert), mercredi 30, en salle 15 à Drouot.

Agenda
La première heure revient à un ensemble de livres illustrés habillés de reliures romantiques (Grandville, Hugo, Gavarni, Doré…) et notamment une édition en partie originale du Faust de Goethe (Paris, 1828), illustré par Delacroix et muni d'un envoi de l'éditeur à Champollion-Figeac (8 000/9 000 €). À propos d'envoi, bien malin qui trouvera le ou la destinataire de l'envoi figurant en tête d'une édition originale de Le Rouge et le Noir de Stendhal. Les deux volumes de ce célèbre roman sont estimés 40 000/60 000 €. Une parenthèse côté cimaises avec une vue du Port de Boulogne datée 1873, signée Alexandre René Véron (8 000/10 000 €) puis place aux robes, souliers, canezous, gilets et chapeaux, pour messieurs et dames, d'époque romantique forcément comme l'indique le titre de la dispersion. L'un d'entre eux d'ailleurs, en soie, à haute calotte cylindrique agrémenté de branches de myosotis ayant appartenu à la princesse Louise de Prusse, est attendu à 1 500/1 800 €, un autre, en satin, de même forme et orné de rubans froncés et de fleurs à 1 200/1 500 €. Au rayon des robes, la plus impressionnante est un modèle de cour à traîne ayant probablement appartenu à la duchesse de Berry (8 000/12 000 €), les autres, d'après-midi, de bal ou même de mariée étant espérées entre 500 et 2 000 €. Du mobilier, on a retenu, des années 1880 et de style néo-grec, un mobilier de salon à châssis (canapé et quatre fauteuils) en placage d'ébène, bois noirci et laiton doré, attribué à Théophil Hansen (12 000/15 000 €).
mercredi 30 septembre 2020 - 14:00 - Live
Salle 15 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
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