Eugène Printz et la légèreté de la sphère

Le 23 septembre 2020, par Caroline Legrand
Si Eugène Printz brille grâce à ses grands et luxueux meubles ornés des laques de Jean Dunand, il est également l’auteur de modèles plus modestes, où sobriété et raffinement se marient pour le meilleur.
Eugène Printz (atelier), Bureau de Monsieur, dessin au crayon et aquarelle sur papier crème représentant le bureau de Monsieur G. compagnon de Madame V., 39 48,5 cm (détail).
Estimation : 1 200/1 500 €

Tout est dans la ligne chez Eugène Printz. Même si certains de ses meubles peuvent paraître imposants, l’ébéniste distille toujours dans ses créations, avec maestria, quelques lignes légères et subtiles – souvent au niveau du piétement – ou quelques frivolités décoratives parfaitement choisies. On le voit avec ce petit meuble d’appoint d’à peine soixante centimètres de hauteur, mais d’une présence indéniable. Le motif de la sphère – courant dans sa production à la fin des années 1930 et durant la décennie suivante – apporte ici ce petit brin de folie qui confère à ses créations toute leur originalité, à l’égal de ses piétements métalliques aux étonnantes volutes. Nous sommes devant une belle image de l’esprit de Printz, mais aussi de son goût pour le bois et les techniques d’ébénisterie. Jusqu’en 1927, il a fabriqué dans son atelier familial des meubles inspirés du style Louis XVI, pour la plupart dans le traditionnel placage de bois de rose ; par la suite, il se tourne vers les exotiques palmier, ébène ou kekwood, pour ses meubles les plus luxueux, et à partir de 1933 vers le noyer ou le palissandre pour des créations plus modestes. Printz avait en effet la volonté de produire des meubles moins chers et accessibles à une plus large clientèle. Durant leurs nombreuses années de collaboration, il proposa ainsi à Madame V. – commanditaire de la trentaine de meubles de l’ébéniste pour son appartement parisien qui seront présentés lors de cette vente (voir aussi l' Événement de la Gazette n° 32, page 12 Eugène Printz, toujours unique) – une production variée, parfois d’apparat, mais aussi pour un usage courant. Il ne privilégiait pas là les matières luxueuses, mais on y retrouve toujours ingéniosité et fonctionnalisme, comme le système de tiroirs pivotant de part et d’autre d’un casier central à l’intérieur de ce meuble. Ce savoir-faire et sa virtuosité font de Printz l’un des plus grands ébénistes du XXe siècle.

Eugène Printz (1879-1948), petit meuble d’appoint en placage de noyer à corps quadrangulaire, ornementé en façade de deux poignées pleines
Eugène Printz (1879-1948), petit meuble d’appoint en placage de noyer à corps quadrangulaire, ornementé en façade de deux poignées pleines, piétement d’angle en lame de bronze à corps en décrochement, 58,5 32,5 45 cm.
Estimation : 20 000/30 000 
Agenda
À Arles vous attend l'un des événements de la semaine avec la vente d'une trentaine de pièces – meubles, luminaires et objets d'art – conçues par Eugène Printz pour une seule et même commanditaire (voir Gazette n° 32, page 12). À partir des années 1930, Madame V. s'est adressée au célèbre ébéniste pour meubler son appartement du 16e arrondissement parisien. Printz créera pour cet intérieur de nouveaux meubles, jusqu'à sa mort survenue en 1948, et son successeur Jean Saint Georges poursuivra ce travail – comme en témoigne le lit de repos en bois laqué doré (3 000/4 000 €). À côté de meubles courants d'Eugène Printz, tel ce lit deux places en bois laqué noir (3 000/4 000 €), figureront des pièces d'exception. Les regards se concentreront ainsi sur l'enfilade à corps quadrangulaire en bois de palmier et plaques de dinanderie offrant un décor géométrique oxydé à l'acide et filet d'argent coulé de Jean Dunand, estimé 300 000/400 000 €, mais aussi sur le bureau en bois laqué rouge, par Dunand toujours, au piétement métallique baroque et annoncé à 200 000/300 000 € (voir couverture et page 6 de la Gazette n° 31)… sans oublier le charmant petit meuble d'appoint en placage de noyer, au piétement agrémenté d'une sphère, qui pourrait changer d'adresse à 20 000/30 000 € (voir Gazette n° 33, page 112). 
samedi 03 octobre 2020 - 15:00 - Live
Arles - 26, rue Jean-Lebas - 13200
Arles Enchères
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