Sénoufo, la sculpture dans tous ses états

Le 08 avril 2021, par Claire Papon

Un Grand canard de François-Xavier Lalanne emmène dans son sillage des œuvres d’Émile Gallé, d’Alberto Giacometti, de Charlotte Perriand et deux sculptures africaines.

Statue de divination tugubele, peuple sénoufo, société sandogo (Côte d’Ivoire), bois à patine croûteuse, XIXe siècle, h. 34 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

Honneur aux dames, et non des moindres, sous le ciseau de Marius-Joseph Sain (frère du peintre Paul Sain), qui représente une Diane chasseresse au visage déterminé, un chien à ses côtés, le carquois à l’épaule, tenant un arc bandé. 70 000/90 000 € sont espérés de cette fonte ancienne des années 1930 aux beaux effets de surface suggérant la texture des étoffes, témoignage de la sensibilité de l’artiste à la beauté des femmes nues, et de son goût pour le travail monumental. Question format, un canard de François-Xavier Lalanne – pièce unique de 1971 formant jette-habits – n’a rien à lui envier (voir l'article Éloge de l’insouciance sous la forme d’une sculpture de François-Xavier Lalanne de la Gazette n° 13, page 6), pas plus qu’un exemplaire du Lampadaire à l’étoile, en bronze à patine brune rehaussée de vert, d’Alberto Giacometti. Issue d’un modèle créé vers 1936, notre épreuve est estimée 120 000/150 000 €, tandis qu’un pied de lampe en terre cuite, du même, Grecque (grand modèle), conçu et réalisé vers 1936-1937 pour Jean-Michel Frank, nécessitera 80 000/120 000 €. D’Émile Gallé on a retenu une rare table à thé Fleur de l’eau en hêtre marqueté dont le modèle fut présenté à l’Exposition universelle de 1900 (10 000/15 000 €). Les amateurs d’arts premiers, enfin, auront le choix entre une imposante statue funéraire tau-tau fin XIXe-début XXe, du peuple toraja, de Sulawesi (en Indonésie), et une statuette de divination tugubele du peuple sénoufo, en Côte d’Ivoire (voir photo ci-dessus). Autrefois parée et vêtue d’un sarong, les avant-bras et les paumes tournés vers le ciel, la première (60 000/80 000 €), dont seule la partie sculptée nous est parvenue, témoigne de l’importance des rites funéraires chez ces hommes de la montagne, le défunt atteignant le statut d’ancêtre déifié, intercesseur entre l’au-delà et la terre pour protéger les hommes. La seconde, magistrale, est représentée assise et rappelle la place primordiale des femmes au sein de la société secrète matrilinéaire du Sandogo. Pour s’assurer les bonnes grâces de cette prêtresse, comptez 50 000/70 000 €.

Agenda
Comme souvent c'est au lot probablement le plus disputé, du moins le plus attendu, que revient la couverture du catalogue. Il sera d'autant plus difficile à manquer que sa taille est monumentale. L'heureux élu est un Grand canard, 1971, de François-Xavier Lalanne formant jette-habits en tôle de fer et maillechort. Cette pièce unique a figuré en couverture de La Gazette n° 13 (voir page 6). Elle est estimée entre 800 000 et 1,2 M€. On surveillera aussi dans d'autres proportions toutefois, une coupe de forme pirogue en verre à décor de motifs marins et une table à thé Fleur de l'eau en hêtre marqueté d'Émile Gallé (20 000/30 000 € et 10 000/15 000 €), un pot en grès émailléTête grotesque de Paco Durrio (pièce unique créée en 1895 et exécutée vers 1918 par l'artiste, 35 000/45 000 €), une grande Diane chasseresse en bronze de Marius-Joseph Saïn (70 000/90 000 €), des luminaires d'Alberto Giacometti, du mobilier en hêtre et paille de Charlotte Perriand, une suite de quatre tabourets de bar en métal laqué noir de Mathieu Matégot (modèle créé en 1953 pour l'hôtel Le Pavé du Roy au Port-Marly, 15 000/25 000 €). Deux figures, l'une du peuple sénoufo (50 000/70 000 €), l'autre du peuple toraja (60 000/80 000 €), accompagnent ce panorama des arts décoratifs.
lundi 12 avril 2021 - 04:00 - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Gros & Delettrez
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