Les fantaisies de Line Vautrin au château

Le 12 mai 2021, par Caroline Legrand

Trois miroirs de la collection Josig Henriot nous offrent autant de déclinaisons du désormais célèbre style de la décoratrice, qui a su émerveiller en jouant avec le coloré talosel dans ses créations raffinées.

Line Vautrin (1913-1997), miroir sorcière Romain, vers 1960, en talosel ivoire incrusté de miroirs bleu saphir, signé, diam. 19,6 cm.
Estimation : 6 000/9 000 

Reine, Gerbera et Romain, des noms auxquels on pourrait ajouter Soleil, Tudor ou Mazarin. La poésie de Line Vautrin s’étend jusque dans les titres de ses célèbres miroirs sorcière. Devenus des icônes de la décoration des années 1960 et 1970, ils sont désormais très recherchés sur le marché. Joie ! Non pas un, mais trois d'entre eux sont proposés à Quimper, provenant de plus du château de Kerivoal, ancienne demeure de Josig Henriot, fils du directeur de la manufacture du même nom et lui-même antiquaire. Il les avait acquis dans les années 1990 en salle des ventes, quand la cote de leur créatrice n’en était qu’à ses balbutiements. Tous trois sont de dimensions similaires (entre 17 et près de 20 cm de diamètre) ; le Gerbera en talosel ivoire incrusté de miroirs irisés argent, daté vers 1957, est annoncé à 3 000/5 000 €, celui nommé Reine, lui aussi en talosel ivoire incrusté de miroirs irisés argent, mais au pourtour égayé de petits miroirs ronds, étant prisé 2 000/3 000 €. Le modèle Romain est l’un des plus complexes par la multiplication des petits miroirs et sa double couronne. Les stries sur le talosel varient également, tantôt horizontales, tantôt en chevrons. Autodidacte, farouchement indépendante, Line Vautrin a débuté sa carrière à 21 ans. Lors de l’Exposition universelle de 1937, elle loue seule un stand et réussit à se faire remarquer. Elle ouvre sept ans plus tard une boutique près des Champs-Élysées, dans laquelle elle créera des miroirs, des bijoux et autres objets de décoration aux matières, couleurs et formes d’une grande fantaisie, dont le goût ne se démentira pas.

Agenda
En trois jours sera dispersé le mobilier du château de Kérivoal, demeure de Josig Henriot, fils de Joseph Henriot – le directeur de la manufacture quimpéroise. Josig fut également un antiquaire avisé qui développa un goût éclectique. Le mardi 18 seront proposés les meubles, tableaux et objets d'art présents tout d'abord dans le jardin, l'entrée et le petit salon, dont les estimations tourneront entre quelques dizaines et centaines d'euros. On visitera ensuite le garage et ses belles voitures, telle une Porsche 911 Carrera de 1985 « Turbo look », cotée 50 000/60 000 €. Dans le grand salon, on admirera La Cuisinière d'un peintre de l'école flamande du XVIIe (8 000/9 000 €), mais aussi trois miroirs en talosel créés dans les années 1950-1960 par la décoratrice Line Vautrin (entre 2 000 et 9 000 € pièce). On retrouvera ce même écart stylistique entre une paire de vases d'Émile Gallé Mantis religiosa (mante religieuse) en verre dit « clair de lune » soufflé, à décor tournant de l'insecte sur fond de dahlias et fougères aux émaux polychromes au naturel, entièrement rehaussé de dorure (18 000/20 000 €), et une chope allemande du XIXe siècle en ivoire et argent (1 000/2 000 €). Une belle sélection d'argenterie conclura cette vacation, avec à sa tête une écuelle couverte et son dormant en argent réalisés à Grenoble en 1784-1785 par Gilles Antoine Ollagnier, à l'impressionnnante prise en forme d'artichaut et ornementée de rinceaux, rocaille et coquilles (5 000/6 000 €). 
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