La course du temps

Le 23 juillet 2020, par Sophie Reyssat

Des mythes antiques à celui de l’épopée napoléonienne, les pendules font l’histoire.

Époque Empire. Pendule dite le «char d’Apollon» ou «char de Phaéton» en bronze ciselé patiné et doré, mouvement avec échappement à ancre et suspension à fil de soie, base en marbre vert de mer, 76 72 24 cm.
Estimation : 35 000/40 000 

Dans cette dispersion de souvenirs historiques centrée sur la période de l’Empire, cette imposante pendule prouve à quel point certains thèmes traversent les siècles sans pâtir des changements de styles. En reprenant le mythe antique de Phaéton dans le second livre de ses Métamorphoses, Ovide lui a assuré une remarquable postérité iconographique. Chacun a en mémoire l’histoire du fils du Soleil, foudroyé par Zeus pour n’avoir pas su maîtriser son char, dont la course effrénée et chaotique sema la destruction sur terre. Représentant symboliquement à la fois la révolte filiale et l’arrogance du jeune ambitieux, ce récit a été traité sous un angle moralisateur par les premiers illustrateurs. L’allégorie s’efface cependant derrière la force plastique avec cette pendule d’époque Empire, dont Thomire aurait créé le modèle. Son cadran s’inscrit dans une roue du char, filant sur une arche décorée des signes du zodiaque, qui repose elle-même sur une base ornée d’un bas-relief figurant le sacrifice du taureau, lié au culte de Mithra, la divinité solaire de la Perse. Cette spectaculaire mise en scène témoigne du talent de Thomire, dont les œuvres connurent le succès du règne de Louis XVI à celui de Louis-Philippe. Infiniment plus sobre avec sa forme borne, un régulateur s’inspire lui aussi de l’Antiquité : sur son socle d’acajou, les effigies en bronze patiné de Mars et de Neptune entourent son cadran, signé par Frisard à Rouen, et doté d’un ressort de Monginot en 1809. Marqué «La Malmaison» et présentant l’Aigle couronnée, cette pièce rare aurait été offerte au comte de Rambuteau par l’impératrice Joséphine (25 000/30 000 €). Elle aurait sans doute séduit Jean-Marc Agotani, un spécialiste de l’histoire napoléonienne, dont une cinquantaine d’œuvres seront dispersées. Parmi elles, figure une pendule en bronze à double patine dite «au prince Eugène», inspirée de l’aquatinte de Charon illustrant la retraite de Russie (3 000/4 000 €).

Agenda

Au programme des souvenirs historiques présenté le mardi 28, majoritairement napoléoniens, figure une cinquantaine de gravures, tableaux, meubles et objets d’art collectionnés par Jean-Marc Agostini, un spécialiste de l’histoire du premier Empire, dont l’ouvrage de Percier, Fontaine et Isabey retraçant le sacre de Napoléon sera proposé autour de 5 000 €. L’horlogerie remontera le temps, notamment grâce à un régulateur borne réputé avoir été offert au comte de Rambuteau par l’impératrice Joséphine (25 000/30 000 €). Plus anecdotiques, mais très évocatrices, 68 abeilles en canetille et fils dorés butineront dans quatre lots, entre 600 et 3 000 €. Parmi les pièces de Sèvres, vous remarquerez Uranie et Zénon le stoïcien, deux statuettes en biscuit similaires à celles du surtout du service des Quartiers Généraux (2 000/3 000 €). Le prince Eugène et le roi Murat, les maréchaux Suchet et Davou, mais aussi le major Artaut seront au rendez-vous. Son rare sabre persan, dit « shamshir », fera scintiller ses pierres précieuses moyennant quelque 7 000 €.

mardi 28 juillet 2020 - 14:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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