Au firmament de la lutherie lyonnaise

Le 25 mars 2021, par Caroline Legrand

Si l’on cite souvent Paris ou Mirecourt comme les principaux centres de lutherie en France, Lyon se rappelle à notre bon souvenir avec ce violoncelle signé Pierre Silvestre.

Violoncelle fait par Pierre Silvestre (1801-1859) à Lyon en 1835 dont il porte l’étiquette, l. 1 036 mm. 
Estimation : 40 000/60 000 

À Lyon, la tradition ancestrale de la lutherie vit encore de beaux jours, comme on a pu le constater en 2018 avec le sacre du luthier David Léonard Wiedmer lors de la compétition internationale de la Violin Society of America, à Dallas. Le jeune artisan y a raflé pas moins de trois médailles, dont l’or pour ses violons et ses violoncelles. Un événement qui rappelle que la capitale des Gaules est redevenue un centre incontournable de la lutherie en France et dans le monde. Si la ville accueille dès la Renaissance des luthiers tel Gaspard Tiefenbrucker, considéré par les Italiens de Crémone comme «le père du violon», le phénomène s’amplifie au XIXe siècle. C’est en effet à cette époque que la facture lyonnaise connaît une véritable évolution. Les causes ? Tout d’abord l’emplacement stratégique de Lyon, non loin des frontières, qui est aussi devenu après la Révolution une ville de garnison importante – l’armée étant au passage un grand commanditaire d’instruments de musique. S’y développent également l’opéra, les théâtres, les écoles de musique et autres orchestres, qui nécessiteront une augmentation notable de la production. Plusieurs centaines de facteurs d’instruments y travaillent ainsi au XIXe siècle, parmi lesquels les frères Silvestre. L’aîné, Pierre, est né à Sommerviller, dans la Meurthe, et a fait son apprentissage chez Blaise à Mirecourt. Il passera par Paris, dans les ateliers de Lupot, et Gand, avant de s’installer à Lyon en 1829. Il est rejoint deux ans plus tard par son cadet Hippolyte, qui fut quant à lui l’élève de Vuillaume à Paris. À l’image de ce rare violoncelle, ses instruments sont très recherchés pour leur facture et leur belle sonorité. L’instrument à chevilles en palissandre et vernis rouge foncé patiné, légèrement craquelé, présente un fond à deux pièces en érable, aux ondes régulières et obliques. Il sera de plus vendu avec son coffret d’époque en bois noirci et à fermoir en laiton. Un écrin à la hauteur de cette pièce de collection.

Agenda
Les regards se tourneront le 1er avril vers les instruments de musique de collection. De modèles traditionnels africains à quelques dizaine d'euros à des violons de grands luthiers en exigeant plusieurs milliers, il y en aura pour tous. C'est un violoncelle qui jouera le plus fort à 40 000/60 000 € : un instrument fait par Pierre Sylvestre à Lyon en 1835. À ses côtés, on remarquera un violon de l'école parisienne du début du XIXe d'un fabricant de l'entourage de Lupot (10 000/15 000 €), mais aussi un violoncelle dû au luthier Nicolas Ainé à la fin du XVIIIe (5 000/6 000 €). Un archet de violon de l'atelier de Dominique Peccatte en bois d'abeille se négociera encore à 3 500/4 000 €, un accordéon fabriqué vers 1930 par Domenico et Figli Cavagnolo à Lyon à 2 000/3 000 €, et une rare flûte baroque faite par Schuchart à Londres vers 1770, à 1 200/1 500 €.  
jeudi 01 avril 2021 - 02:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
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