Les cinq cordes d'une guitare de bon goût

Le 22 avril 2021, par Caroline Legrand

La guitare baroque obtient ses lettres de noblesse durant le règne de Louis XIV, grâce à de grands luthiers tel Alexandre Voboam, auteur de celle à jouer aux enchères à Vichy.

Paris, seconde moitié du XVIIe siècle. Guitare baroque d’Alexandre Voboam, if, épicéa, ébène et filets d’ivoire, l. 94 cm, diapason 69 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

Cet exceptionnel instrument, présenté dans un bel état de conservation — n’ayant été que très peu modifié — intéressera tout particulièrement les collectionneurs de guitares baroques, ancêtres du modèle classique. Ses éclisses sont en ébène incrusté de filets en ivoire, que l’on retrouve également sur l’arrière du manche et de la tête. Le somptueux décor, repris sur le fond en if, est complété par la superbe rosace au motif de pistagne et de filets alternés d’ivoire et d’ébène, la table conservant par ailleurs ses moustaches d’origine. Ce beau travail présente, dans un cartouche incrusté dans la tête, la rare signature d’Alexandre Voboam. Célèbre dynastie de luthiers, les Voboam ont régné de 1630 à 1760 sur la production française de guitares baroques et de violes de gambe. Ils fournirent notamment le roi, comme en témoignent les armoiries présentes sur une création de Jean-Baptiste Voboam, de 1699, conservée au Gemeentemuseum de La Haye. Son auteur est le fils d’Alexandre Voboam le Jeune (vers 1633-apr. 1691) et le petit-fils du patriarche de la famille, René (vers 1606-vers 1671). Si pas moins de quatre voire cinq Voboam ont été en activité à Paris, peu d’instruments fabriqués par eux — et encore moins signés — nous sont parvenus. Trois autres guitares, datées de 1652, portent également la signature d’Alexandre Voboam le Jeune. Les instruments de ce dernier se distinguent par ces superbes incrustations sur les bords de la guitare et autour de la rosace, littéralement sculptée comme de la dentelle. Un instrument qui devait appartenir à une personne de haut rang, pour qui jouer de la guitare baroque était du meilleur goût. Cette mode est née grâce à Louis XIV, qui, délaissant le luth à son profit, a fait venir à sa cour les plus grands musiciens de cet instrument à cinq cordes, tels l’Espagnol Bernard Jourdan de la Salle ou l’Italien Francesco Corbetta. Enfin, la guitare baroque bénéficie des faveurs du surintendant de la Musique du roi, un certain Jean-Baptiste Lully.

Agenda
Plus de quatre cents instruments – guitare, flûte, cistre, cor, saxophone, vielle, bassons, violon, mandole, cornet, cornemuse, hautbois, clarinette, basson, trompette, viole – estimés entre 30 et 30 000 € composeront cet orchestre. Une guitare baroque d'Alexandre Voboam, faite à Paris dans la seconde moitié du XVIIe, devrait être la plus applaudie à 20 000/30 000 € (Voir Gazette n°16, page 88). Une guitare de René Lacote exécutée à Paris en 1844 se disputera quant à elle à 15 000/16 000 € et une autre baroque à cinq chœurs dite « en bateau » de Michelot, datée de 1784, jouera à 7 000/9 000 €. Nous mettrons encore en avant une flûte à bec en fa en buis à bagues d'ivoire, exécutée par Eichentopf à Leipzig vers 1730 (12 000/15 000 €), et un contrabassophone fabriqué vers 1870 par Geipel, celui-là en bois teinté et à quinze clefs (8 000/10 000 €). 
samedi 01 mai 2021 - 13:00
Vichy - 16, avenue de Lyon - 03200
Vichy Enchères
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