L’illustration surréaliste à son apogée

Le 22 mai 2019, par Caroline Legrand

Seuls 210 exemplaires ont été édités de cette belle édition de 1934 des Chants de Maldoror de Lautréamont, llustrée de 42 eaux-fortes de Salvador Dalí.

Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont (1846-1870), Les Chants de Maldoror, eaux-fortes originales de Salvador Dalí, Albert Skira, 1934, in-folio, reliure signée Paul Bonet, 1963, plein maroquin noir mosaïqué de pièces de box géométriques.
Estimation : 35 000/45 000 

Si Les Chants de Maldoror sont aujourd’hui une référence dans le domaine de l’illustration surréaliste, il n’eurent pourtant pas le succès escompté lors de leur sortie. D’ailleurs, d’après François Chapon, auteur du Peintre et le livre, il se pourrait que les 210 exemplaires annoncés n’aient pas été tous imprimés et que seule la moitié d’entre eux aient vu le jour. Celui-ci, proposé avec de nombreux livres illustrés des années 1930 à 2010 provenant d’une précieuse bibliothèque particulière, s’annonce ainsi comme une rareté, d’autant qu’il réunit toutes les qualités. Le texte est l’un des deux seuls dus au mystérieux Isidore Ducasse, qui se cachait derrière le pseudonyme de comte de Lautréamont. Mort à 24 ans, l’écrivain d’origine uruguayenne s’établit à Paris en 1867 et intègre rapidement le milieu littéraire de la capitale. Mais il ne réussira à publier, partiellement, que deux ouvrages, Les Chants de Maldoror et Poésies (I et II). Malgré plusieurs rééditions, la reconnaissance, posthume, ne viendra que grâce aux surréalistes. Ceux-ci virent de la beauté là où leurs prédécesseurs n’avaient perçu que de la folie. Ils se passionnèrent pour cette poésie libératrice des sens, ce langage énigmatique et le personnage fascinant de Maldoror, unique à l’époque. Par ailleurs, cette édition réalisée par Skira en 1934 accueille aussi l’art de Salvador Dalí, alors en pleine période de maturité. Le peintre avait découvert, en 1929, la méthode paranoïaque critique visant à transformer ses délires en une méthode artistique structurée, qu’il appliqua dans les quarante-deux eaux-fortes originales de l’ouvrage. Outre ces dernières, ce livre sur vélin d’Arches, signé par Dalí, numéroté 33, comporte comme les quarante autres premiers exemplaires de cette édition , une suite à part des eaux-fortes avec remarques. À cet ensemble s’ajoute une originalité : huit rares dessins originaux du Catalan, esquisses ou ébauches des gravures imprimées. Ultime atout et non des moindres ? La reliure, signée Paul Bonet, qui fut réalisée en 1963, afin de présenter et de préserver au mieux cet ouvrage emblématique.
 

 
 © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris 2019
Agenda
248 lots rythmeront la vente d'une importante bibliothèque de livres illustrés des XXe et XXIe siècles. De Georges Rouault à Enki Bilal, et de 10 à 45 000 €, les ouvrages au sommaire se feront très variés dans leur style et leur estimation. Parmi les plus marquants figureront Les Chants de Maldoror de Lautréamont, édités chez 1934 chez Skira, ornés de quarante-deux eaux-fortes de Salvador Dalí et accompagnés d'une suite – avec remarques – de ces gravures et huit dessins originaux de l'artiste (35 000/45 000 €). À côté de cet ouvrage emblématique du surréalisme, nous remarquerons Passion d'André Suarès, illustré par Georges Rouault et édité en 1939 par Ambroise Vollard (20 000/25 000 €), ou encore Les Horribles et Espouvantables Faictz et Prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua de Rabelais, parus en 1943 chez Albert Skira et auxquels a été ajouté en 1964, par le père de l'actuel collectionneur, une reliure de Paul Bonet (8 000/10 000 €).   
mardi 28 mai 2019 - 14:00
Lille - Hôtel Alliance, couvent des Minimes, 17, quai de Wault - 59800
Xavier Wattebled
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