Jacques de l’Ange, un caravagesque du Nord

Le 18 mars 2021, par Claire Papon

Découvertes pour les uns, redécouvertes pour d’autres, deux toiles de Jacques de l’Ange projettent dans la lumière l’un de ceux que l’on appelle «les caravagesques du Nord».

Jacques de l’Ange, Le Martyre de saint Laurent., huile sur toile, 193 158 cm (détail).
Estimation : 70 000/90 000 

Quand il a vu ces tableaux pour la première fois, c’était en photo. Il a pensé à des œuvres dans la lignée rubénienne. Quand il les a en mains, ou tout au moins devant les yeux, René Millet, l’expert de la vente, ne met pas longtemps à changer d’avis. Il est impressionné par la force d’expression des visages et des corps qui se contorsionnent, par l’utilisation de la lumière d’une seule source créant un effet dramatique, par le talent de coloriste de l’artiste. Il n’est qu’à voir l’épaule du Christ sur laquelle semble s’être renversée la palette du peintre… Mais qui est cet artiste, également connu sous le nom de Monogrammist JAD, redécouvert en 1994 par l’historien d’art Bernhardt Schnackenburg, qui rapproche du Martyre des sains Dinfna et Gerbert une Sainte Famille avec des anges ? Né à Anvers vers 1630, Jacques de l’Ange est mentionné en 1632-1633 parmi les élèves de Jan Cossiers et comme membre de la guilde de Saint-Luc, mais il est en contact aussi avec Rubens et les artistes de son atelier, ainsi qu’avec Erasmus Quellenius. De cette période, seuls sept tableaux sont recensés. C’est à Naples où il est entre 1642 et 1644 – date probable de sa mort – que son art évolue vers un caravagisme fortement marqué par Jusepe de Ribera, et connaît sa période la plus faste. Il réalise une quinzaine de tableaux dans la cité italienne, dont le nôtre et celui qui l’accompagne, Le Martyre de saint Laurent. L’influence du Hollandais Matthias Stom (vers 1589-après 1650) est déterminante, soit par un contact direct entre les deux hommes, soit par l’observation de ses œuvres, le premier quittant Naples vers 1640, de l’Ange y arrivant un peu après. Acquises de longue date mais séparément par un collectionneur, ces deux toiles ne constituent pas une paire – leurs sujets ne peuvent être associés – mais elles bénéficient de la même estimation, 70 000/90 000 €, et sont vendues avec faculté de réunion. Quand on aime…
 

Jacques de l’Ange (début du XVIIe-vers 1644), Le Couronnement d’épines, huile sur toile, 193 x 158 cm. Estimation : 70 000/90 000 €
Jacques de l’Ange (début du XVIIe-vers 1644), Le Couronnement d’épines, huile sur toile, 193 158 cm.
Estimation : 70 000/90 000 
Panorama (avant-vente)

Peintre d’une seule femme

Le 18 mars 2021, par Claire Papon

Ami de Marcel Proust, Paul-César Helleu (1859-1927) représente les plus belles femmes de la haute société et se fait une réputation en France, mais aussi aux États-Unis. Beaucoup plus méconnue, sa peinture de plein air rappelle toutefois qu’il se définissait comme un impressionniste. Ce portrait de Madame Helleu à l’ombrelle sur un yacht (81 65 cm) en est un exemple, qui illustre en même temps le plaisir qu’il éprouvait à peindre son épouse, la jolie rousse Alice Guérin, en Normandie notamment, où il pratique le yachting. Sur la plage ou en bateau, la jeune femme tient le plus souvent une ombrelle. Comptez 30 000/40 000 € pour cette toile proposée mercredi 24, salle 14-15 à Drouot chez Thierry de Maigret (Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt).

Agenda
Les amateurs de natures mortes surveilleront deux œuvres de Jean-Pierre Lays sur leurs toiles d'origine : la première est une Nature morte à la harpe, instruments de musique et buissons de roses probablement exposée au Salon de 1870, la seconde une allégorie du Bien et du Mal, Les bons et les mauvais fruits, présentée à l'exposition de la Société des amis des Arts de Lyon, en 1872. Chacune de ces œuvres est estimée 8 000/10 000 €. La plus belle bataille d'enchères de l'après-midi – 70 000/90 000 € – devrait accueillir deux toiles de l'artiste anversois, Jacques de l'Ange, Le Couronnement d'épines et Le Martyre de saint Laurent. Un ensemble de neuf panneaux de Joseph Andreas Weiss (1814-1887) représentant Les Chevaux de Leuchtenberg, commande de Nicholas de Beauharnais pour son château de Stein en Allemagne, nécessitera 6 000/10 000 €, un portrait de Madame Helleu à l'ombrelle sur un yacht signé Paul-César Helleu, 30 000/40 000 €, tout comme un paysage de Dordrecht, les moulins sur la Meuse, de 1875, par Eugène Boudin. Enfin, c'est entre 50 000 et 70 000 € qu'il conviendra de lever la main pour un Christ jardinier de Jan II Bruegel et Hendrick Van Balen. Classiques, le mobilier et les objets d'art sont emmenés par deux groupes en marbre Enlèvement d'une Sabine et Enlèvement de Proserpine de Francesco Fabj-Altini exécutés d'après Giambologna et Gian Lorenzo Bernini (Rome, vers 1896). Une paire de candélabres à trois lumières en bronze ciselé et doré, attribuée à Jean-Joseph de Saint-Germain, d'époque Louis XVI, dont la composition s'inspire de certains projets d'ornemanistes parisiens du début du néoclassicisme (particulièrement de ceux de Jean-Charles Delafosse) est annoncée à 15 000/20 000 €.
mercredi 24 mars 2021 - 01:30 - Live
Salle 14-15 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Thierry de Maigret , Delon - Hoebanx
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