Largillière : au chic parisien

Le 30 septembre 2020, par Claire Papon

Ce portrait de Marie-Thérèse Jacquet de la Bussières par Largillière, probablement commandé à l’occasion de son premier mariage,  s’inscrit dans un groupe de tableaux réalisés vers 1700.

Nicolas de Largillière (1656-1746), Portrait de Marie-Thérèse Jacquet de la Bussières, épouse de Jean-Louis Arnault, conseiller et secrétaire du roi, trésorier général de l’extraordinaire des guerres, huile sur toile, 140 106 cm.
Estimation : 100 000/150 000 


Ainsi du Portrait d’une femme avec son esclave noir du Metropolitan Museum de New York, de celui d’une Femme à sa toilette du Saint Louis Museum of Art, et de celui de Mademoiselle de La Fayette conservé au château de Parentignat. Sans oublier celui de La Belle Strasbourgeoise dont une version appartient au musée des beaux-arts éponyme, tandis que son jumeau était disputé le 15 septembre chez Christie’s à Paris, jusqu’à 1,57 M€. Si l’identité de cette vraie Strasbourgeoise ou Parisienne en costume reste encore aujourd’hui un mystère, notre modèle, lui, est identifié. C’est Marie-Thérèse Jacquet de la Bussières (née en 1658), épouse en 1696 de Jean-Louis Arnault, dont le portrait est également présenté (attribué à Louis II de Boullogne, 10 000/15 000 €). De dix ans son cadet, ce conseiller et secrétaire du roi promis à un bel avenir se donne ainsi la possibilité de faire entrer sa descendance dans les rangs de la noblesse. Une fille naîtra en 1700, Élisabeth Monique, propriétaire du château de Chacenay en Champagne. Devenue veuve en 1707, Marie Thérèse de la Bussières se remarie avec Nicolas Dupuis de Baillet, de vingt ans son cadet… Extraordinaire par sa qualité, ce portrait l’est aussi par ses coloris vifs dont le rouge arrête le regard, et par son inventivité. Loin de l’étiquette de la cour, notre Parisienne, à l’air presque mutin, affiche son plaisir de goûter à une mode somptueuse, fraîche et quasi extravagante au regard de l’austérité de madame de Maintenon à Versailles. La voici représentée presque en pied, entourée de mobilier récent, dans une robe à pièce d’estomac, avec sa levrette – symbole de fidélité –, mais aussi flanquée d’une perruche, oiseau exotique. C’est à la duchesse de Fontanges (1661-1681) que l’on doit cet échafaudage de boucles à plusieurs étages composé de fils d’archal, maintenus par des épingles, des rubans et des dentelles, une large tresse retombant dans le dos. Maîtresse du roi, c’est en le suivant à la chasse que, décoiffée par le vent, madame de Fontanges eut l’idée de relever ses cheveux avec sa jarretière. Louis XIV en fut tellement charmé qu’il lui demanda de se coiffer ainsi tous les jours. La mode était lancée…

Panorama (avant-vente)

B comme bilboquet


La mode du bilboquet est lancée en France par Henri III qui, dit-on, adorait y jouer entouré de ses mignons. Aux XVIIe et XVIIIe, c’est un jeu mais aussi un objet de vitrine en bois précieux ou en ivoire. Pour preuve, un modèle royal d’époque Louis XIV (à gauche) en ivoire gravé de fleurs, rosaces, fleurs de lys (h. 15,5 cm) pour lequel 12 000/15 000 € sont à engager mardi 6, salle 4 à Drouot sous le marteau de Daguerre (M. Derouineau, expert), 15 000/20 000 € l’étant d’un modèle (h. 19 cm) de mêmes facture et époque, rehaussé des inscriptions «Menus plaisirs du Roy» «Versailles» (à droite). Rappelons que l’art de tourner l’ivoire était une tradition enseignée aux enfants de France…

Agenda
Toute de rouge vêtue, Marie Thérèse Jacquet de la Bussières devrait attirer bien des regards. Du moins son portrait, réalisé vers 1696 par Nicolas de Largillière et dont 100 000/150 000 € sont demandés. D'Anne Vallayer-Coster, le Portrait d'un jeune garçon exécuté vers 1779, conservé jusqu'au début des années 2000 dans la descendance de madame de Tourzel, gouvernante des enfants de France, est attendu à 10 000/15 000 €. Une parenthèse avec de l'archéologie emmenée par une stèle en calcaire d'époque Moyen Empire au nom du garde Nââ-Ib (8 000/10 000 €), puis l'on passe aux porcelaines (européennes et chinoises) et à l'argenterie. Une figure en pâte tendre de Mennecy (période Villeroy) représentant un grotesque appuyé contre un tronc d'arbre est annoncée à 7 000/8 000 €, une soupière en argent ciselé de feuillages et d'une scène de chasse au loup de l'orfèvre parisien Antoine Boullier (1781-1782) nécessitera 30 000/40 000 €. Les deux pièces proviennent de la descendance de Maurice de Wendel. Du bon mobilier classique ponctue la fin de séance, dont un grand fauteuil à la reine à châssis en bois mouluré sculpté d'époque Louis XV, attribué à Louis Cresson (6 000/7 000 €).
mardi 06 octobre 2020 - 14:00 - Live
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Daguerre
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