Évocation du Grand Sanhédrin

Le 22 avril 2021, par Anne Foster

Le peintre Édouard Moyse illustre un moment marquant du premier Empire dans un tableau proche de celui conservé au musée des beaux-arts de Nancy.

Édouard Moyse (1827-1908), Synode israélite convoqué à Paris en 1807 (Le Grand Sanhédrin), 1872, huile sur toile, 72 106 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €, 
adjugé 61 824 €

Une assemblée d’hommes, de noir vêtus, écoutent un rabbin ; le fond beige et anthracite est juste réchauffé d’un peu de rouge pour les rideaux visibles entre des colonnes. Des rais de lumière rehaussent les visages, les chemises et les bas blancs. Édouard Moyse représente une session du Grand Sanhédrin. Rares sont les artistes juifs ayant adopté la peinture avant la seconde moitié du XIXe siècle. L’historien Heinrich Graetz souligne en 1846 : «Le paganisme voit son Dieu, le judaïsme l’entend.» Né à Nancy, Édouard Moyse est le premier peintre qui choisit d’exposer au Salon des scènes de la vie juive et des moments fondateurs pour ceux émancipés et intégrés à la nation. Il illustre ainsi un idéal où s’entremêlent les valeurs françaises et celles du judaïsme, comme l’événement qu’il présente au Salon de 1868, composition conservée au musée des beaux-arts de Nancy : Le Grand Sanhédrin de 1807, réuni pour réaliser l’assimilation des juifs dans la communauté française. Le décret émancipateur du 27 septembre 1791 affirme que «les juifs bénéficient des droits et prérogatives des autres citoyens, à condition toutefois de renoncer à leur ancien statut et à leurs organisations communautaires traditionnelles », selon François Delpech dans un article des Annales historiques de la Révolution française (1979). En 1802, avec le Concordat, une autre proposition apparaît, repoussée par Bonaparte qui considérait les juifs comme un peuple et non comme une religion. L’Assemblée des notables israélites se réunit le 7 mars 1806, à la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville. Le 9 février de l’année suivante le Grand Sanhédrin, composé de quarante-cinq rabbins et de vingt-six laïcs – dont le banquier et réformiste bordelais, Abraham Furtado (1756-1817) –, siège en ce même lieu, sous la présidence de Joseph David Sinzheim (1745-1812), grand rabbin de Strasbourg. Un projet un peu différent du texte initial est approuvé montrant un désir d’apaisement vis-à-vis des positions orthodoxes. Respect des traditions et ouverture à la modernité. Édouard Moyse choisit d’illustrer ce moment historique. Ce tableau daté 1872 est légèrement différent de l’œuvre du Musée lorrain mais correspond à la lithographie tirée parAlfred Cadart. Signalons aussi une esquisse appartenant au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme.

Panorama (avant-vente)

Ultime hommage

Le 22 avril 2021, par Anne Foster


Charcot, «le gentleman des pôles», a possédé quatre navires appelés Pourquoi-pas ?. Le plus célèbre est le quatrième du nom. Marin-Marie (1901-1987) y effectue, en 1925, son service militaire et sa première expédition polaire, rapportant des carnets de croquis utilisés pour des œuvres plus abouties. L’aquarelle, Le Pourquoi-pas ?, mission en Arctique, vers 1925 (55 x 80 cm), estimée 18 000/25 000 € est présentée le mercredi 28, en salle 10 à Drouot, par Audap & associés, avec le cabinet Brame & Lorenceau. Peintre officiel de la Marine en 1935, Marin-Marie appose une ancre à sa signature. Charcot et le Pourquoi-pas ? IV ont fait naufrage en 1936 au large de l’Islande.

Agenda
Tableaux, sculptures et objets d'art du XXe siècle sont en lice, avec pour commencer une œuvre d'Édouard Moyse (voir page ??) et une aquarelle de Marin-Marie, reproduite en page ??. On remarque ensuite un haut-relief en marbre blanc d'Alfred Boucher (1850-1934), Volubilis ou Aux champs, version complète (55 x 57 cm). Présenté au Salon de 1896, Volubilis est un succès : la critique goûte « avec délices la grâce chaste et la délicatesse ingénue de cette figure en haut relief de jeune fille qui se détache sur un fond de haute futaie, ciselé avec une rare finesse en plein marbre » (François Thiébault-Sisson, Le Salon de 1896, 1896). Son maître Paul Dubois trouvait dans le Quattrocento son inspiration. Boucher s'affranchit de cette influence en puisant dans le maniérisme.
mercredi 28 avril 2021 - 02:00 - Live
Salle 10 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Audap & Associés
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