Reliure princière de l'Iran safavide

Le 22 septembre 2021, par Christophe Provot

Cette première vacation (en ligne) de la toute nouvelle maison Rim Enchères, centrée sur l’art islamique, apporte son lot de belles surprises. En tête d'affiche : un Shâhnâmeh de la seconde moitié du XVIe siècle, superbement relié.

Chiraz, Iran, art safavide, vers 1560. Livre des Rois (Shâh-Nâmeh) de Ferdowsi, grand manuscrit persan sur papier provenant de la bibliothèque des princes du Tâlesh, 45 x 27,4 cm. Poids : 11 kg (détail).
Estimation : 10 000/15 000 €

Le Livre des Rois, fresque historico-mythologique compilée trente années durant par le poète Ferdowsi (vers 940-1020) est un texte fondateur pour l’Iran, narrant les épopées de ses héros et rois légendaires. Rédigé en langue persane alors que l’arabe s’impose partout, il connut une prospérité sans précédent, et fut souvent illustré par les plus grands artistes iraniens. Bien qu’aujourd’hui privé de ses 35 miniatures initiales, notre livre se distingue par la somptuosité de sa reliure et l’importance de sa provenance.

Pourvu d’un décor estampé et doré, de contreplats à décors floraux et de surfaces ajourées laissant apparaître en filigrane le fond coloré bleu lapis et vert, il a orné pendant trois siècles la bibliothèque des princes de Khânât-i-Tâlesh, qui régnaient sur la région nord-ouest de l’Iran et la partie sud de l’actuelle Azerbaïdjan, comme en témoignent les nombreux sceaux et mentions ex-libris. Cet imposant et lourd ouvrage (500 folios pour près de 11 kilos) est finement calligraphié en nastaliq, une écriture persane cursive caractérisée par l'absence de ligatures entre les signes, sur un papier du Dowlatabâd – région du Deccan, en Inde, fameuse pour la finesse de son papier. Il comprend également plusieurs enluminures fleuries d’une qualité exceptionnelle, en polychromie et or. La finesse des ornementations plaide pour les ateliers royaux de Qazvin, alors capitale de l’Empire perse safavide, ou de ceux de la prestigieuse école de Chiraz qui, sous le règne du Shah Tahmâsp (1524-1576), employaient les meilleurs maîtres calligraphes et enlumineurs de l’époque.

Vendu en 1925 à un collectionneur français par le marchand Aziz Ezra, établi Faubourg-Saint-Honoré, il est resté depuis dans la même famille. Une destinée rappelant celle d’un autre Shâhnâmeh, vendu pour la somme royale de 150 000 € le 1er août dernier.

Agenda

Faire dialoguer l’art islamique avec l'art floral et la calligraphie, telle est la volonté de cette première vacation organisée par la toute nouvelle maison de vente Rim Enchères. Plus de 150 œuvres éclectiques originaires du Proche-Orient y sont proposées. Parmi les objets d’intérêt, un pichet en céramique à décor calligraphié en coufique ornemental, travail de l’est de l’Iran ou d’Asie centrale remontant au Xe siècle, requerra 12 000/15 000 €. D’Iran encore, un manuscrit persan, le Livre des Rois (Shâh-Nâmeh) de Fidoursi, art safavide daté vers 1580, ornera la bibliothèque de qui sera prêt à débourser 10 000/15 000 €. Richement relié et calligraphié, il appartint aux princes du Tâlesh. Plus proche de nous, les Nymphéas (2017) de Mathieu Ducournau (né en 1965), évocation tout en fils de coton sur toile de ceux de Monet, sont offerts à 9 000/10 000 €. Mentionnons pour terminer une boîte à cigarettes en or sertie de brillants (800/1200 €). D’illustre provenance, elle a appartenu à la petite-fille du dernier calife du monde musulman, Abdûlmecid II (1868-1944).

vendredi 15 octobre 2021 - 14:00 - Online
ETUDE - 14 RUE LINCOLN - 75008
Rim Enchères
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