De l’ombre à la lumière

Le 04 avril 2019, par Claire Papon et Anne Foster
Charlotte Perriand (1903-1999), chaise modèle «Ombre» en contreplaqué cintré et teinté noir, édition Steph Simon, 1956, 65 45 56 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

En 1953, Charlotte Perriand rejoint son mari en poste au Japon. Elle conçoit le projet d’une exposition sur le thème de l’embellissement de la vie, qu’elle intitule «Synthèse des arts». Deux ans plus tard, les grands magasins Takashimaya à Tokyo organisent la manifestation. La chaise «Ombre» est présentée à cette occasion. Ce siège est complètement inspiré des séjours au pays du Soleil-Levant. Dans ses Mémoires, la créatrice écrit : «Au théâtre du Bunraku, des ombres noires aident à manipuler des marionnettes, mais le noir qui les habille les rend inexistantes, abstraites. Je composais des chaises en contreplaqué cintré noirci, comme des ombres autour d’une très longue table.» À son retour en France, elle participe très activement à l’ouverture de la galerie Steph Simon, où elle occupe le poste de directrice artistique. La chaise «Ombre», fabriquée par les Ateliers d’art de Courtrai, en Belgique, y sera éditée à très peu d’exemplaires au cours de l’année 1956, puis arrêtée, car trop fragile. La création de l’enseigne en face de l’église Saint-Germain-des-Prés a débuté après un fait divers rocambolesque qui faillit mal tourner. Steph Simon avait contribué à l’arrestation de malfrats qui cambriolaient les bureaux de l’Aluminium français, société de vente et de promotion de l’aluminium pour laquelle Jean Prouvé a travaillé et dont Simon était agent commercial. Gravement blessé, ce dernier touche une indemnité. La somme qu’il reçoit lui permet d’envisager la création d’un magasin pour l’édition et la diffusion de meubles. Les œuvres et la notoriété de Perriand et Prouvé sont complémentaires. En septembre 1955, elle se lance dans l’aventure, s’engageant à fournir dix nouveaux modèles par an en plus des meubles qu’elle a créés du temps des Ateliers Jean Prouvé et de ceux conçus pour Tokyo. Pionnière dans la promotion du mobilier moderne, la galerie diffuse également les luminaires de Serge Mouille, les céramiques de Georges Jouve ou les lanternes en papier d’Isamu Noguchi… L’entreprise dure jusqu’en 1974, année où Steph Simon la revend. Cette chaise, achetée en 1956, est restée jusqu’à ce jour dans la famille de son acquéreur.

Agenda

C’est en seconde partie de séance, consacrée aux arts décoratifs du XXe, que devraient avoir lieu les plus belles batailles d’enchères. Une chaise de Charlotte Perriand, modèle «Ombre» en contreplaqué et cintré noir (1956), est attendue à hauteur de 15 000/20 000 €, tandis qu’il faudra lever la main jusqu’à hauteur de 80 000/120 000 € pour un guéridon de Diego Giacometti, en bronze à patine brune et plateau de verre fumé, modèle «Arbre» (voir En Couverture, page 6). L’essentiel revient toutefois, du moins en nombre, aux tableaux et dessins. Il en coûtera également 80 000 à 120 000 € d’un dessin à l’encre de Pablo Picasso de 1923, Les Trois Grâces, ayant appartenu au musicologue et fondateur en 1919 de La Revue musicale, Henry Prunières (1886-1942) et conservé dans sa descendance. Quelques centaines d’euros en revanche sont annoncés de paysages ou natures mortes de Conrad Kickert, 5 000/7 000 et 6 000/8 000 € de deux paysages de Maximilien Luce, Le Repos du labour, Méréville, 1898 et Le Tréport, sur la plage, vers 1934, 12 000/18 000 € d’une Nature morte aux deux bouquets de fleurs de Bessie Davidson. La première heure revient à des dessins, études et tableaux d’Eugène Fromentin et de son parent, le peintre René Billotte (1846-1914), conservés dans leur famille. Les paysages de celui-ci sont attendus entre 100 et 600/800 €, ceux de l’artiste orientaliste, entre 150 et 5 000 €.

vendredi 12 avril 2019 - 01:45 - Live
Salle 5 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre
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