Au tournant de l’œuvre de Sorolla

Le 08 avril 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Cet alchimiste perdu dans ses pensées est une œuvre de jeunesse du peintre valencien Joaquín Sorolla y Bastida, illustrant ses inclinaisons spirituelles.

Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923), L’Alchimiste, 1882-1886, huile sur carton, 36 26,9 cm.
Estimation : 30 000/40 000 

Les années 1882-1886 sont décisives pour le jeune Joaquín Sorolla. Il entre alors dans sa vingtaine, vient de terminer son apprentissage auprès de maîtres valenciens, dont le sculpteur Cayetano Capuz, et tente de se faire remarquer hors de sa province. Il envoie des œuvres dès 1881 à l’Exposition nationale des beaux-arts de Madrid, mais ses marines, inspirées de sa Valence natale, ne correspondent pas à la peinture officielle d’alors. Qu’importe, Sorolla persévère, se rend à la capitale pour copier Vélasquez et entame une période dite réaliste qui le mènera vers l’obtention de la médaille de l’Exposition nationale, en 1884, avec l’huile monumentale Défense du parc d’artillerie de Montéléon. L’année suivante, il voyage pour observer de plus près les impressionnistes. C’est en ce moment aussi hésitant que décisif qu’il brosse le portrait de cet alchimiste. Dans les années 1880, l’alchimie décline pourtant en tant que discipline au profit de la chimie. C’est donc probablement davantage les spéculations philosophiques et la spiritualité qui attirent le jeune peintre alors happé par les thèmes du sacré. Et la palette vient appuyer le mysticisme de l’œuvre. Elle est même à rapprocher de celle de son Étude du Christ de 1883, conservée dans une collection privée. Sorolla n’éclaircira, par ailleurs, sa gamme chromatique qu’au tournant des années 1889-1890 jusqu’au luminisme post-1894, après son second voyage à Paris. Pour l’heure, il excelle dans le portrait avec un coup de pinceau rapide et chargé de matière. Alchimiste ou penseur ? Aux côtés des fioles de laboratoire, c’est bien la mort qui domine la scène, en haut à gauche. La pose elle-même n’est pas étrangère aux tourments romantiques, les mêmes qui probablement tiraillent un Rodin, entre impressionnisme et romantisme. Sorolla fera le choix du lyrisme. Cette huile, qui faisait partie de la collection Robert Hersant, dispersée en 1997, témoigne des réflexions esthétiques du peintre qui le conduiront vers la gloire : en 1900, Sorolla remporte une médaille d’honneur à l’Exposition universelle de Paris.

Agenda
Cette vente éclectique affichant plus de mille lots comprend des dessins, tableaux anciens et du XIXe siècle, du mobilier et des objets d’art, y compris d’Asie. On note la présence de l'école de Barbizon avec Félix Ziem (8 000/12 000 € et 20 000/30 000 €) ainsi que de l'orientaliste Eugène Fromentin (6 000/8 000 €). Encore un Français : Jean-Baptiste Olive auquel le musée Cantini avait consacré une rétrospective. Sa Vue de la Principauté de Monaco devrait s'adjuger entre 20 000 et 30 000 €. Le catalogue s'illustre aussi avec une petite huile signée Joaquín Sorolla y Bastida de la fin du XIXe siècle. 
vendredi 16 avril 2021 - 02:30
Monte-Carlo - 10-12, quai Antoine 1er - 98000
Hôtel des ventes de Monte-Carlo
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