Mouvement instable saisi dans le bronze

Le 09 avril 2019, par Anne Foster

En 1880, Degas est surnommé le «peintre des danseuses». À ce passionné de ballet, profondément mélomane, l’univers de l’Opéra inspirera nombre de tableaux, dessins et sculptures, dont une seule sera exposée de son vivant.
 

Edgar Degas (1834-1917), Préparation à la danse, pied droit en avant, épreuve en bronze à patine brune nuancée de rouge, fonte à cire perdue A. A. Hébrard, numérotée «57/L», 56 21,5 13,8 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

Le corps légèrement cambré et les membres tendus en un équilibre instable, la jeune fille engage le premier pas de sa chorégraphie. Degas, en habitué des répétitions et des ballets, note comme titre «Préparation à la danse, pied droit en avant» : le poids du corps sur la jambe gauche, un bras levé, l’autre en prolongement de l’épaule. Le sujet exécute un mouvement entre les cinq positions classiques, dont les combinaisons formeront la danse ; la nudité du modèle en souligne l’exactitude. «La vérité vous ne l’obtiendrez qu’à l’aide du modelage, affirmait-il, parce qu’il exerce sur l’artiste une contrainte qui le force à ne rien négliger de ce qui compte». Comme ses dessins, ses sculptures tendent à reproduire l’équilibre magique des jeunes ballerines, et Degas semble s’y être intéressé avant même ses problèmes de vue. Il confiait en 1897 : «C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais pour donner à mes peintures, à mes dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train ; du document, sans plus.» Hormis La Petite Danseuse de quatorze ans, exposée en 1881 et éreintée par la critique, aucune des quelque 150 cires ou terres glaises en mauvais état trouvées dans son atelier après sa mort, en 1917, n’avait encore été montrée. Certaines sont publiées l’année suivante, dans le numéro de décembre de La Renaissance de l’art français et des industries de luxe. Les héritiers du peintre décident de faire éditer en bronze soixante-douze de ces esquisses inconnues et La Petite Danseuse de quatorze ans, dont la préparation pour la fonte, confiée à Hébrard, est assurée par un sculpteur et ami du maître, Albert Bartholomé (1848-1928). Le contrat avec la fonderie, signé le 13 mai, stipule une édition limitée à vingt exemplaires, plus une pour les héritiers, marquée «HER D», et une autre pour Hébrard, inscrite «HER». Chaque épreuve porte le numéro lui étant attribué dans la liste des œuvres et une lettre indiquant son ordre de passage par exemple «A» pour la première fonte du modèle. Albino Palazzolo (1883-1973), chef d’atelier chez Hébrard, réussit à réaliser des maîtres modèles sans détériorer les œuvres originales, lesquelles réapparaissent en 1955, achetées par Paul Mellon, qui en fait don à la National Gallery of Art de Washington, moins trois offertes au Fitzwilliam Museum de l’université de Cambridge. La première série de bronzes (marqués «A») est exposée en 1921. L’état initial, respecté aussi scrupuleusement que possible, permet d’admirer le travail du sculpteur : «Ce qu’il me faut à moi, c’est exprimer la nature dans tout son caractère, le mouvement dans son exacte vérité, accentuer l’os et le muscle, et la fermeté compacte des chairs. Mon travail ne va pas plus loin que l’irréprochable dans la construction».

Giampetrino, un proche de Léonard

Le 17 avril 2019, par Caroline Legrand
Attribué à Giovanni Pietro Rizzoli, dit Giampietrino (actif entre 1500 et 1549), Adam et Ève, huile sur panneau, 74,5 58 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

Le Salvator mundi, huile sur panneau conservée au Detroit Institute of Arts, est une reprise du tableau de Léonard de Vinci qui a défrayé la chronique des ventes publiques l’an dernier, due à un élève et proche du maître de la Renaissance. Son nom ? Giovanni Pietro Rizzoli, dit Giampietrino (actif entre 1500 et 1549). Peu de repères biographiques sont connus de l’artiste dans le Codex Atlanticus, Léonard mentionne à la fin de son premier séjour milanais un certain «Gian Petro» parmi les garzoni et élèves de son atelier. Cependant, de nombreuses peintures de sa main sont conservées au Louvre, au Metropolitan Museum de New York et dans d’autres collections publiques. Il a très probablement fait partie des principaux assistants du maître lors du second séjour à Milan, à partir de 1504. Ce panneau représentant Adam et Ève attribué à l’artiste est inspiré pour les visages d’œuvres de Léonard, en particulier pour l’homme, dont le modèle se retrouve dans La Cène, ainsi que l’a analysé le cabinet Turquin. Les corps sont quant à eux issus d’un cuivre de Dürer du même sujet réalisé en 1504 peut-être à son retour d’un voyage à Venise et repris trois ans plus tard sur deux panneaux visibles au Prado, à Madrid. Giampietrino, identifié depuis peu comme s’appelant Giovanni Pietro Rizzoli, aurait effectué un voyage en France avant son mentor. Ses peintures diffusent les prototypes léonardesques dans toute l’Europe, en particulier auprès de Joos van Cleve. Auteur de scènes religieuses, il ne négligea pas non plus les sujets mythologiques ou inspirés de l’Ancien Testament lui permettant de brosser des nus de juste proportion, un intérêt qu’il partageait avec Vinci et Dürer.

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