Innocence perdue

Le 03 juin 2020, par Claire Papon

Notre Perrette n'est pas l’objet le plus attendu de la vacation mais elle pourrait créer la surprise. Ses dimensions, son état de conservation, et sa modernité parlent pour elle.

Statuette en porcelaine polychrome représentant Perrette et le pot au lait ou La Cruche cassée d’après Greuze. Manufacture de Gille Jeune, 1867, h. 83 cm.
Estimation : 1 500/2 000 

Statuette ou statue ? Avec ses quatre-vingt-trois centimètres, cette demoiselle constitue une prouesse. Le temps ne semble avoir de prise sur elle, car si son aspect presque kitsch fait penser aux années 1900, la marque de manufacture et la date de 1867 ne laissent aucun doute sur sa date de naissance. Cette année-là, elle a les honneurs de l’Exposition universelle parisienne. Son auteur n’est autre que Jean-Marie Gille, dit Gille Jeune, né en 1798. Installé très modestement 132, rue du Temple à Paris, il transforme son échoppe en boutique, puis en magasin et enfin en fabrique célèbre, récompensée tant à Paris qu’à Londres pour ses figures en biscuit « remarquables par la perfection du travail et par leurs dimensions ». Un parcours couronné de succès contrairement à celui de Perrette, dont La Fontaine a conté les mésaventures.
Notre sculpture fait écho également au célèbre tableau de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805),
La Cruche cassée, conservé au Louvre. Une jeune fille aux yeux candides retient des deux mains des fleurs éparpillées dans sa robe, une cruche fêlée accrochée à son bras gauche. Son fichu est dérangé et laisse entrevoir la rondeur de sa gorge, sa robe un peu malmenée. Une allégorie de l’innocence perdue plutôt qu’un sujet emprunté à la vie quotidienne. Quant à notre sculpture, elle devrait susciter plus d’intérêt que son estimation le laisse entendre, et même pourquoi pas celui d’un musée…

Agenda
C'est autour de deux sculptures que sont attendues les deux plus belles batailles d'enchères, chacune autour de 80 000 à 10 000 €, des sommes qui devraient toutefois être largement dépassées… La première est un bronze d'époque Renaissance de Ponce Jacquio, La Tireuse d'épine (voir En couverture, Gazette n° 3, page 6), la seconde un marbre d'Enrico Pazzi, daté 1873, figurant Le Portrait présumé, en pied, de Giulio Rasponi jouant avec son chien (voir Gazette n° 11, page 18). On finit notre périple italien avec un grand médaillon ovale à suspendre en laiton doré de corail orné d'une Assomption de la Vierge, travail de Trapani en Sicile début XVIIe (15 000/20 000 €) et un plat d'apparat en majolique de Deruta vers 1510, orné en plein de La Résurrection du Christ (18 000/25 000 €). De là, on passe avec un imposant cabinet anglais des années 1700 en laque européenne à décor de paysages, ferrures de bronze doré et piétement en bois doré et argenté généreusement sculpté (8 000/10 000 €). Du côté des cimaises, un bel ensemble de dessins anciens dont trois feuilles de Giandomenico Tiepolo (est. de 8 000 à 12 000 €) et d'autres provenant de la collection du comte André-Gaspard de Bizemont-Prunelé (1752-1837) cèdent la place à un panneau d'Adriaen Van Stalbemt (1580-1662) illustrant Le Triomphe de Vénus avec Mercure et Amphitrite (40 000/60 000 €).
mardi 09 juin 2020 - 02:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre
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