La réponse au Minotaure

Le 22 avril 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

César, le sculpteur marseillais fasciné par Picasso, signe, en lui rendant hommage, son œuvre la plus emblématique. 

César (1921-1998), Centaure, Hommage à Picasso, 1994, marbre travertin rouge, pièce unique, 230 212 102 cm.
Estimation : 800 000/1,2 M€

César lui-même disait de ses Centaures qu’ils étaient ses fétiches, au point que l’un deux orne sa tombe au cimetière de Montparnasse. Le plus connu est probablement celui qui trône, depuis 1985, sur la place Michel-Debré, à Paris. Mais notre spécimen reste unique, à plusieurs égards, dans le bestiaire à visage humain de l’artiste. Bien que s'inspirant très volontiers des six autres Centaures réalisés en plâtre et en bronze entre 1983 et 1985, il est taillé dans du marbre travertin rouge. César aura signé peu de pièces dans ce matériau et un seul Centaure. Il est avant tout connu pour son travail de la tôle et du fer : « Le marbre était trop cher, la vieille ferraille traînait partout, je suis devenu sculpteur parce que j’étais pauvre », aimait répéter celui qui naquit il y a cent ans, le 1er janvier 1921, dans le quartier de la Belle-de-Mai, à Marseille. Par manque de moyens, il utilisera des matériaux de récupération jusqu’à devenir le maître des sculptures en ferrailles soudées. Ce Centaure, hommage à Picasso, qui fut une commande de l’homme d’affaires monégasque Michel Pastor, grand collectionneur d’art et consul du Pérou à Monaco, se démarque aussi par ses dimensions : aucun autre Centaure ne dépasse les 2 mètres. L’iconographie, en revanche, ne varie guère : les clins d’œil à Picasso sont tous là. Le motif du Centaure déjà, être hybride qui rappelle la récurrence du Minotaure dans le travail de l’artiste espagnol. La colombe de la paix, ensuite, sur la main gauche, prête à s’envoler. Et bien sûr, le masque aux traits de Picasso sur le visage de César. L’œuvre fut, de l’aveu du sculpteur, l’une des plus complexes à réaliser. Picasso devient un monumental centaure, robuste et viril, venu tout droit d’un monde fantasmagorique. Le torse hésite entre une puissante cuirasse et la fragilité d’un corps ouvert, laissant apparaître des muscles-outils et de curieux organes. Et l’intérieur recèle encore des surprises puisqu’une petite statue de la Liberté s’y cache.

Agenda
La star de l'événement n'est pas l'empereur romain mais César, le sculpteur français devenu maître en ferraille soudée. Son Centaure, hommage à Picasso, exposé devant le Yacht Club de Monte-Carlo depuis le début de l'année, devrait se disputer entre 800 000 et 1,2 M€, prix d'une pièce unique en marbre travertin rouge. Jules César risque bien d'attirer les regards également : une bague avec intaille sigillée de l'empereur, en agate cornaline montée sur or 9 ct, production anglaise du XVIIIe siècle, pourra se décrocher entre 2 000 et 4 000 €. De César à César avec aussi une plongée dans l'Antiquité au travers d'une statuette du dieu Lare, en bronze à patine verte. Similiaire à celle du Walters Art Museum, la statuette compte bien se vendre entre 25 000 et 35 000 €.
jeudi 29 avril 2021 - 17:00
Monte-Carlo - Yacht Club de Monaco, quai Louis II - 98000
Hôtel des ventes de Monte-Carlo
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