Gustave Le Gray, l’émotion en photos

Le 23 juin 2021, par Caroline Legrand

Provenant d’une propriété en Touraine, un bel ensemble de photographies anciennes sera dispersé, avec à sa tête deux épreuves de Gustave Le Gray.

Gustave Le Gray (1820-1884), La Mer Méditerranée à Cette [Sète], 1857, épreuve albuminée, tampon-signature rouge et tampon sec sur le montage, étiquette portant le titre, 32,1 41,7 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Il est considéré comme l’un des grands pionniers de la photographie. Mais il est surtout l’un des premiers – si ce n’est le premier – à insuffler à ses tirages une véritable fibre artistique. La lumière, les cadrages évoquent la sensibilité d’un véritable artiste. Il faut dire que Gustave Le Gray commença sa carrière par une formation de peintre, en 1842 auprès de Paul Delaroche dans son atelier parisien des Beaux-Arts. Le jeune artiste suit aussi l’exemple de son maître en effectuant un voyage en Italie. Mais, rapidement, il se tourne vers la photographie, un médium qui attire particulièrement le passionné de chimie qu’il est. Dès le début des années 1850, il met au point deux techniques d’une sensibilité révolutionnaire, qui feront son succès : le négatif sur verre au collodion humide et le négatif sur papier ciré sec. Ses premiers tirages papier attirent bien vite l’attention par leur beauté. À côté des commandes officielles, le photographe se lance dans une œuvre plus personnelle faite de portraits, de paysages et, surtout, d’une incroyable série de marines. Ce sujet lui permet de donner la pleine mesure de son talent. Entre 1856 et 1858, il réalise des clichés des côtes de la Normandie, de la Méditerranée et de la Bretagne. Grâce à la technique du négatif sur verre au collodion, plus rapide et sensible, il peut reproduire les effets dramatiques de la lumière sur l’eau. Mais, si le procédé du collodion raccourcit le temps de pose, il ne permet pas un rendu net, dans le même temps, du ciel et de la mer. Pour contourner le problème, Le Gray utilise le stratagème du « ciel rapporté », en superposant deux négatifs distincts afin d’obtenir un tirage parfait. Cette série des marines signe l’apogée de la carrière du photographe débutée par des vues de la forêt bellifontaine, ici évoquées avec un cliché daté vers 1856, Le Chêne creux, Fontainebleau, une épreuve albuminée de 31,8 41,2 cm annoncée à 15 000/20 000 €. Un regard en adéquation parfaite avec les recherches picturales modernes de l’époque.

Agenda
Au sommaire figureront une quarantaine de photographies anciennes découvertes dans une propriété en Touraine. Gustave Le Gray fera l'ouverture avec deux épreuves albuminées de son cru : La Mer Méditerranée à [Cette], Sète, 1857 (15 000/20 000 €. Voir Gazette n° 25, page 138) et Le Chêne creux, Fontainebleau, daté vers 1856 (même estimation). De Charles Nègre figurera un cliché sur papier salé, Pifferaro et paysanne romaine dans la cour du 21 quai de Bourbon, dans l'île Saint-Louis, Paris, 1853-1854 (3 000/4 000 €), tandis que Louis-Auguste Bisson montrera, sur une épreuve albuminée de 1856, le Cloître de l'abbaye Saint-Pierre, Moissac (2 000/3 000 €). Giacomo Caneva, Eugène Le Dien, Alphonse Davanne, Domenico Bresolin, Charles Clifford ou Jean Geiser compteront aussi parmi les précurseurs du médium ici réunis.
samedi 03 juillet 2021 - 17:00 - Live
Château du Clos Lucé - 2 rue du Clos Lucé - 37400
Daguerre
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