Les cinquante nuances de bonheur d’Alberto Magnelli

Le 11 mars 2021, par Claire Papon

Provenance, époque mais surtout qualité. Tel est le tiercé gagnant pour cette toile d’Alberto Magnelli datée 1918, inaugurant ses «Explosions lyriques».

Alberto Magnelli (1888-1971), Explosion lyrique n° 1, huile sur toile, 1918, 130,5 130,2 cm.
Estimation : 250 000/300 000 €

Deux toiles de la petite série d’une douzaine dont est issue celle-ci appartiennent au centre Pompidou, d’autres sont conservées au musée Guggenheim de New York, à celui d’art moderne de Saint-Étienne ou au museo Novocento de Florence. Une autre enfin est au musée de Vallauris, auquel Susi Magnelli, la veuve de l’artiste, respectant les souhaits de ce dernier, fit don de sa collection personnelle en 1971. Notre tableau a été acquis directement à Magnelli, en 1950, dans la foulée de la XXVe Biennale de Venise, par Simone Frigerio, critique d’art à Paris pour les revues Quadrum et Panorama XXe siècle, mais surtout passionnée d’art contemporain et de l’abstraction lyrique. Elle est restée jusqu’à ce jour chez ses descendants. Si les formats des «Explosions lyriques» diffèrent, la veine est la même, qui célèbre une époque heureuse pour l’artiste, la liberté retrouvée après quatre années de conflit, le retour à l’abstraction succédant à une parenthèse figurative partagée entre paysages, portraits de ses proches et autoportraits. Quel dynamisme dans ces formes et dans ces couleurs ! Si les femmes sont le sujet principal et presque exclusif de cette série, c’est au spectateur de les découvrir. Pas de dessin, du moins pas de cerne visible autour des figures. «Magnelli se sert des contrastes de formes et de couleurs pour figurer le dessin proprement dit», explique Anne Maisonnier, autrice d’une thèse consacrée au peintre et des catalogues raisonnés de son œuvre. Derrière une apparente spontanéité se cache un travail de recherche minutieux du rythme, de l’inclinaison des diagonales, des effets de fuite, des lignes d’angle et des courbes. Proche des futuristes, d’Henri Laurens, de Pablo Picasso et Georges Braque, des couples Delaunay et Arp, Alberto Magnelli construisit pourtant son œuvre en solitaire. «Il est à la fois pour la courbe et pour la droite, pour la forme subjective et pour la discipline. Ses formes sont simples et massives sans être froides ni impersonnelles…», résumait l’historien et critique d’art Jean Clay en 1968.

Panorama (avant-vente)

Pionniers de l’aviation

Le 11 mars 2021, par Claire Papon

Notre photo fait partie d’un lot de trois épreuves argentiques (13,5 cm) figurant Henry Farman avec un ou plusieurs passagers à la Semaine d’aviation de Reims en août 1909. Son auteur est Lucien Loth (1885-1978). En tout, 60 images de Loth et de l’agence Rol illustrent les premiers meetings aériens dans la cité champenoise en 1909-1910. L’activité est fiévreuse dans la plaine de Bétheny, où le ciel est noir d’aéroplanes, et où des panonceaux signalent au public les abandons et les accidents. Installé professionnellement en 1910, Loth voit son studio anéanti par la guerre quatre ans plus tard. Ses photos sont donc rares. Notre lot pourrait s’envoler à 500/600 €, les autres entre 100 et 500 €, vendredi 19, salle 4, à Drouot, chez Mathias & Oger – Blanchet (M. Plantureux, expert).

Agenda
Dans Paysage à l'arbre, réalisé en 1917, Pierre-Auguste Renoir, considéré comme un peintre de figures par la critique, semble avoir travaillé d'instinct, avec une spontanéité traduite par une touche très déliée et une palette où les tonalités plutôt froides sont réveillées par un jeu de lumière rehaussé de touches jaunes et or et de quelques blancs. Son estimation ? 40 000/60 000 €. Il en coûtera en revanche 250 000/300 000 € pour une toile de 1918 d'Alberto Magnelli relevant de sa série des « Explosions lyriques ». L'œuvre est conservée de longue date dans la même collection et habillée d'une double baguette réalisée par l'artiste. Le chapitre de l'avant-garde russe, partagé entre affiches et revues, est emmené par une gouache et aquarelle de Georgii Stenberg, Composition non objective (vers 1920, 5 000/7 000 €), celui des arts primitifs l'étant par une statue masculine baga (Guinée), en bois dur à patine brun foncé (15 000/20 000 €). Les amateurs de photos auront le choix entre des épreuves argentiques témoignant des meetings aériens de Reims en 1909-1910, ou une réunion de trente-quatre épreuves (d'époque) d'Henri Cartier-Bresson réalisées en 1948-1949 en Chine, en Égypte, en Birmanie et en Union soviétique, dans le cadre de son reportage pour le magazine Life (est. 1 000 à 2 500 €). Du mobilier et des luminaires art déco, provenant d'un appartement du 7e arrondissement (est. 300 à 3 000 €), ferment la marche.
vendredi 19 mars 2021 - 01:30 - Live
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Oger - Blanchet , Mathias - Bournazel
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