Les portefeuilles de la collection Tissot-Dupont

Le 03 juin 2021, par Sophie Reyssat

À eux seuls, trois porte-documents évoquent la saga napoléonienne, du Consulat à l’Empire.

Début du premier Empire, portefeuille de cérémonie au chiffre « J N », cuir recouvert de velours, frise en passementerie de vermeil,  écoinçons et serrure en vermeil à quatre positions, clef à trèfle,  signé « despilly md de papiers au coin de la rue ne des mathurins – rue du mont blanc », 35,5 48,5 cm. Il contient quatre feuilles de papier filigrané au buste de l’Empereur, marquées « Napoléon empereur et roi ».
Estimation : 20 000/25 000 

Ce samedi disperse des souvenirs historiques ayant appartenu au grand bibliophile André Tissot-Dupont. Auprès de ses ouvrages napoléoniens, il conservait des armes et des objets au fort pouvoir évocateur, comme ce portefeuille du premier Empire portant le monogramme « J N ». Si l’on considère que le « N » est celui de Napoléon, le « J » pourrait être celui de ses frères : son aîné Joseph ou son cadet Jérôme, qui eurent tous deux des postes de commandement dans l’armée avant de devenir rois, de Naples et d’Espagne pour le premier, de Westphalie pour le second. Ces initiales pourraient également être celles d’un militaire émérite devenu le beau-frère de l’empereur, Joachim Murat, qui devint lui aussi roi de Naples et des Deux-Siciles sous le titre de Joachim Napoléon. Un autre portefeuille, fabriqué par Garnesson, inscrit « Gazettes étrangères » et « Au Premier consul » (15 000/20 000 €), évoque le souvenir d’une institution qui a fait couler beaucoup d’encre : le cabinet noir. Sous l’Ancien Régime, ce service secret des postes décachetait déjà les lettres pour chercher des informations sensibles. Bien que les cahiers de doléances aient dénoncé cette pratique sous la Révolution, celle-ci fut maintenue. Napoléon l’évoque dans le Mémorial de Sainte-Hélène : « J’employais le plus souvent le Cabinet noir à connaître la correspondance intime de mes ministres, de mes chambellans, de mes grands officiers. » Ces documents étaient transportés dans des serviettes marquées « à sa majesté, l’empereur et roi », dont plusieurs exemplaires sont passés en ventes publiques. Celui-ci semble être le seul connu remontant au Consulat. De la même époque, mais sans aura sulfureuse, un troisième portefeuille, adressé en lettres d’or au citoyen Bonaparte, général en chef de l’armée d’Italie, évoque la première campagne qui se déroula entre mars 1796 et décembre 1797 (15 000/20 000 €).
 

Agenda

La dispersion de la collection d’André Tissot-Dupont évoque l’épopée napoléonienne à travers une licence autorisant le commerce hors du blocus continental (1 200/1 500 €), un éventail au portrait de Bonaparte (300/500 €), mais aussi un portefeuille attribué à un proche de l’Empereur en raison de son chiffre « J N » (20 000/25 000 €). Les armes du premier Empire sont au rendez-vous, du sabre d’officier général – un modèle de luxe de commande – (environ 17 500 €) au fusil de chasse de la manufacture de Versailles (autour de 16 500 €). Suivront les tableaux et les objets d’art, des gouaches des Allégories des heures du jour et de la nuit attribuées à Michelangelo Maestri (6 000/8 000 €), à la paire de flambeaux associant chevaux marins, fontaines et vasques à chutes d’eau, inspirés des dessins d’Andrei Voronikhin et faconnés sous l’Empire, peut-être en Russie (5 000/8 000 €).

samedi 05 juin 2021 - 14:30 - Live
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